jeudi 5 mars 2009

Aide aux devoirs. Le "Scandale" ?

Automne 2007 : le ministre de l’Education Nationale fustige « les marchands de leçons particulières qui se nourrissent de l’angoisse des parents ». Mars 2009 : six élèves sur dix au collège ou au lycée ont recours à ce procédé ; les « aides aux devoirs », par cours privés, leçons individuelles, ou sur internet, font florès.

On trouve d’ailleurs des sites fort bien conçus auxquels participent des professeurs de collège et de lycée.

Le procédé n’est pas nouveau. Naguère, on appelait ça « le petit cours » ; tel enseignant de mathématiques, de langue vivante, de français … gardait – à titre onéreux – un petit groupe de ses élèves, parmi ceux qui avaient les moyens, pour revoir la leçon, préparer (ou faire) les devoirs. Le fin du fin, c‘était de faire des cours de « haut niveau » (la caractéristique traditionnelle du bon prof.) et donc d’alimenter ainsi la clientèle du « petit cours ».

On rencontrait ainsi trois catégories d’élèves : ceux qui comprenaient et se débrouillaient tout seuls (les très bons élèves) ; ceux qui y parvenaient quand on leur réexpliquait ( les bénéficiaires du « petit cours ») ; ceux qui ne comprenaient rien à rien (les mauvais élèves). Tout donc était dans l’ordre.

De nos jours les choses sont moins simples : des mots d’ordre ont traversé le monde des élèves : égalité des chances, discrimination positive, réussite pour tous … Et on ne saurait tolérer ouvertement cet « enseignement à deux vitesses » dont je viens de parler. Néanmoins le fond de la question reste bien la même : de nombreux élèves (au moins les 6 sur 10 que nous avons mentionnés) ont besoin d’aide supplémentaire : le « cours » ne leur apporte pas suffisamment d’éclairage sur ce qu’ils doivent apprendre et à partir de quoi ils doivent faire leurs devoirs, qui eux, seront notés ; lesquelles notes constitueront le viatique de leurs cursus scolaire.

Alors on a recours à des aides extérieures, organisées par des « officines » spécialisées, mais où exercent bien sûr des enseignants du service public. Le système du « petit cours » fonctionne toujours. Jusque là, personne ne trouve guère à redire ; ou ce ne sont que bruits de sabre.
Mais le scandale vient de se produire ; non seulement on aide les élèves à faire leurs devoirs, mais on les fait à leur place. Comment ça se passe ? Vous vous connectez sur faismesdevoirs.com ; vous vous inscrivez (moyennant finance), vous donnez le sujet du devoir et 48 heures plus tard vous recevez le sujet traité ; succès garanti. On peut même moduler la qualité du produit en fonction de la note qu’on veut obtenir. Passer d’un 6/20 à un 19/20 pourrait paraître suspect, alors on commencera par un 9, puis un 11 etc… afin de susciter les appréciations louangeuses des profs qui noteront avec ravissement les progrès effectués, le travail fourni, la maturité enfin retrouvée.

Mais où est le scandale ? Souvenons-nous que le journal La Dordogne libre du 27 mai 2008, rappelait des faits survenus en 1982, sous le titre « Le sandale du bac ». Un professeur de lettres (qui ne savait pas encore qu’il deviendrait ministre ) avait donné à faire dans son « petit cours », à un tout petit groupe d’élèves, le sujet du bac ! L’affaire fut d’ailleurs portée au tribunal (revoir notre Au jour le jour du 29 juin 2008).
Mais, mis à part ce fait particulièrement grave, combien de parents « font » ou contribuent à faire, les devoirs à la place des élèves ? Les plus avantagés évidemment ce sont les fils d’enseignants (dont on sait qu’ils ont le taux de réussite le plus élevé aux examens).

Le scandale ne serait-il pas ailleurs ?

Comment peut-on tolérer qu’un système d’enseignement ait besoin d’un parasystème pour assurer la réussite des élèves ? Comme si en sortant de l’hôpital, vous deviez aller vous faire soigner à vos frais par le même médecin ou un autre.
C’est que l’école vit encore sur des archaïsmes que personne ne veut ni corriger ni même voir. La manie de la notation d’abord, qui sert essentiellement à classer les élèves, quand les objectifs officiels ont la réussite pour tous. Ensuite le travail de production de l’élève externalisé par rapport au cours, quand – tous les professionnels le savent - seule une « évaluation formative » et un suivi individualisé en cours de travail peuvent permettre la qualité de la production (le « devoir ») de l’élève.

Tout ceci vient de loin ; on ne changera pas les choses en « mastérisant » la formation des enseignants et en les envoyant aussitôt dans les établissements, avec comme seules références celles des profs qu’ils ont eus quelques années auparavant et celles des quelques jours de stage auprès de collègues qui continuent – pour nombre d’entre eux – à enseigner selon des principes surannés.