Qui a inventé les bêtises de Cambrai ? Bêtise, fort justement ; c’est un apprenti confiseur qui fit un jour, en 1830, cette bourde qui produisit par la suite le régal des gourmets et la réputation de la ville. Mais il n’est pas le seul à avoir fait de tels écarts au protocole : nombre de découvertes, parmi les plus fondamentales, ont été le fruit de l’écart, du hasard, de l’imprévu, de l’aléatoire ; ainsi de la pénicilline, des rayons X, de la découverte de l’Amérique (ce brave Christophe avait fait une sacrée erreur de sextant), de la plupart des antibiotiques et même du Viagra.
On peut aussi penser que l’invention de la roue, comme de l’écriture, n’est pas sortie d’un bureau d’études ou d’une planche à calculer ; et que lorsque Archimède a crié Eureka ! il cherchait hors des sacrosaints canons de la scientificité. Ce phénomène porte un nom, la sérendipité ; ne cherchez pas une étymologie grecque ou latine, ça vient tout bonnement des Contes des Princes de Sérendip (Ceylan en persan), spécialistes en la matière.
Or nous vivons aujourd’hui une période d’incertitudes, tant sur les plans social qu’économique ou même technique ; et toute « vérité » scientifique a comme nécessaire composante sa « falsificabilité » ; le doute cartésien refait vivement surface ; après l’époque des certitudes, initiée à la fin du XIX° siècle par le positivisme, ce que l’on appelle aujourd’hui le « postmodernisme » se nourrit de l’incertitude, de la pluralité, de la diversité
Paradoxalement, notre école et notre université, restent obnubilés par les programmes, les objectifs et plans de recherche, le pilotage, les évaluations, les rythmes, le nombre de publications … La fantaisie et l’imagination, le « délire » (délirer, étymologiquement c’est sortir du sillon) le temps que l’on perd à musarder (ce que Jacques Perriault a si heureusement nommé « Ecole buissonnière » n’y trouvent guère leur place.
Pourtant, un souffle d’air frais : des universitaires viennent d’accorder à la sérendipité une dizaine de jours de colloque sous l’égide du CNRS à Cerisy (source : Le Monde 26/27 juillet). Car on ne découvre pas toujours parce qu’on s’est fixé un objectif de recherche ; on n’apprend pas seulement ce qu’on s’est fixé comme programme d’apprendre, et cela mérite qu’on s’y attache quelque peu.
Je me souviens d’Alain Peyrefitte, ministre des universités en 1967, dire lors de l’inauguration d’un campus « on découvre beaucoup en regardant par-dessus le mur du voisin. » Un an plus tard, les murs, lui donnant raison, s’effondraient.
Laisser du champ, laisser galoper et même débrider ; prendre le temps de rêver, de méditer, d’ « estipuler » comme on dit en occitan, de sortir des ornières et sentiers battus, d’inventer et de fantasmer, voilà ce qui serait un beau programme pour l’Ecole et l’Université, quand aujourd’hui tout se passe comme si au plan éducatif et social, le projet politique relevait comme en informatique, du formatage. Formatez, formatez, il en restera toujours quelque chose.
Comme on est loin du principe d’Héraclite (VI° av JC.) : « Si tu n’espères pas l’inespéré, tu ne le trouveras pas ». Vous avez cherché « Sérendipité » dans un dictionnaire ? Ajoutez-le, comme je viens de le faire, à votre glossaire personnel.
On peut aussi penser que l’invention de la roue, comme de l’écriture, n’est pas sortie d’un bureau d’études ou d’une planche à calculer ; et que lorsque Archimède a crié Eureka ! il cherchait hors des sacrosaints canons de la scientificité. Ce phénomène porte un nom, la sérendipité ; ne cherchez pas une étymologie grecque ou latine, ça vient tout bonnement des Contes des Princes de Sérendip (Ceylan en persan), spécialistes en la matière.
Or nous vivons aujourd’hui une période d’incertitudes, tant sur les plans social qu’économique ou même technique ; et toute « vérité » scientifique a comme nécessaire composante sa « falsificabilité » ; le doute cartésien refait vivement surface ; après l’époque des certitudes, initiée à la fin du XIX° siècle par le positivisme, ce que l’on appelle aujourd’hui le « postmodernisme » se nourrit de l’incertitude, de la pluralité, de la diversité
Paradoxalement, notre école et notre université, restent obnubilés par les programmes, les objectifs et plans de recherche, le pilotage, les évaluations, les rythmes, le nombre de publications … La fantaisie et l’imagination, le « délire » (délirer, étymologiquement c’est sortir du sillon) le temps que l’on perd à musarder (ce que Jacques Perriault a si heureusement nommé « Ecole buissonnière » n’y trouvent guère leur place.
Pourtant, un souffle d’air frais : des universitaires viennent d’accorder à la sérendipité une dizaine de jours de colloque sous l’égide du CNRS à Cerisy (source : Le Monde 26/27 juillet). Car on ne découvre pas toujours parce qu’on s’est fixé un objectif de recherche ; on n’apprend pas seulement ce qu’on s’est fixé comme programme d’apprendre, et cela mérite qu’on s’y attache quelque peu.
Je me souviens d’Alain Peyrefitte, ministre des universités en 1967, dire lors de l’inauguration d’un campus « on découvre beaucoup en regardant par-dessus le mur du voisin. » Un an plus tard, les murs, lui donnant raison, s’effondraient.
Laisser du champ, laisser galoper et même débrider ; prendre le temps de rêver, de méditer, d’ « estipuler » comme on dit en occitan, de sortir des ornières et sentiers battus, d’inventer et de fantasmer, voilà ce qui serait un beau programme pour l’Ecole et l’Université, quand aujourd’hui tout se passe comme si au plan éducatif et social, le projet politique relevait comme en informatique, du formatage. Formatez, formatez, il en restera toujours quelque chose.
Comme on est loin du principe d’Héraclite (VI° av JC.) : « Si tu n’espères pas l’inespéré, tu ne le trouveras pas ». Vous avez cherché « Sérendipité » dans un dictionnaire ? Ajoutez-le, comme je viens de le faire, à votre glossaire personnel.
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