La formation professionnelle des enseignants : quand, où, comment ?
Cette question est apparemment liée au mode de recrutement des enseignants. En France, dans le cas de la réglementation actuelle, c’est un concours qui assure ce recrutement (CRPE : Concours de recrutement des professeurs des écoles ; CAPES : Certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire ; Agrégation : Concours de recrutement de niveau supérieur) ; le recrutement par concours est la règle dans tous les corps de la fonction publique ; le concours garantit théoriquement l’égalité des chances des candidats, ainsi que l’assurance de recruter les « meilleurs ». Mais on peut imaginer que l’exemple des pays anglo-saxons ne devienne un jour la règle : les étudiants passent un master professionnel « métiers de l’enseignement » et ensuite font acte de candidature auprès des établissements d’enseignement ; c’est ce qui se passe dans l’entreprise ou les services ; le recrutement n’est alors plus national mais local ; c’est le pas ultime dans l’autonomie des établissements du primaire et du secondaire ; notons que c’est exactement ce qui se passe depuis bien longtemps dans l’Université, avec les différentes étapes : doctorat, habilitation à diriger des recherches (examens), qualification (premier niveau de concours), recrutement par les commissions de spécialistes dans chaque Université (deuxième niveau de concours).
Lorsque le ministre de l’Education Nationale, Xavier Darcos, annonce simultanément la suppression prochaine des IUFM, le recrutement des enseignants au niveau master, et leur prise de fonction immédiate, il pose manifestement les bases d’un tel mode de fonctionnement. Il est d’une grande naïveté de ne pas s’en rendre compte.
La formation initiale : avant le recrutement
Si notre raisonnement est exact, alors la question trouve une réponse logique : la formation initiale se situe avant le recrutement. C’est ce que les différentes réformes opérées depuis plus d’un demi-siècle n’ont pas réussi à faire ; car dans la situation actuelle, le recrutement réel (concours) se fait sur des bases liées exclusivement aux contenus disciplinaires, la formation professionnelle, se situant dans l’année suivante, est sanctionnée par un examen que tous les candidats, à de rares exceptions, remportent.
De fait les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) n’ont pas su - notamment pour l’enseignement secondaire, car pour le primaire ils ont œuvré dans la lancée des anciennes Ecoles Normales - malgré la très large autonomie dont ils bénéficiaient, rénover de façon profonde et rationnelle la formation des enseignants. C’est un des aspects du conservatisme viscéral du corps enseignant : des discours protestataires d’un côté, un immobilisme trop souvent constaté dans les pratiques ; la conséquence en est qu’un jour, un gouvernement dit « ça suffit ! ». Et que les réformes alors décidées risquent fort d’avoir une couleur idéologique marquée.
Partons donc du principe que la formation des enseignants doit se situer en amont du recrutement : c’est en effet la condition à laquelle la maîtrise des contenus de formation intervient dans la qualification initiale. Ce principe s’applique dans les cas où la qualification est accordée aussi bien par concours que par examen ; le mode de recrutement est donc alors indifférent et la question posée initialement n’est qu’apparemment liée au mode de recrutement.
Mais en réalité, on ne saurait aujourd’hui considérer qu’un enseignant, quelle que soit sa compétence, recruté à l’âge de 23 ans, dispose d’un bagage professionnel valable jusqu’à l’âge de sa retraite. C’était pourtant le cas naguère, et on a parfois tendance à penser que cela pourrait continuer ainsi.
De nos jours la formation continue fait l’objet, dans tous les corps de métier, d’un intérêt et d’une attention soutenus. C’est que, parce qu’elle est en prise directement sur l’activité, à la fois dans ses deux dimensions théorique et pratique (il faut connaître la théorie, il faut maîtriser la pratique), les savoirs et les savoir-faire, que précisément elle peut servir de référence pour la formation initiale ; aussi nous intéresserons-nous d’abord à celle-là.
La formation continue
Lorsque le ministre de l’Education Nationale, Xavier Darcos, annonce simultanément la suppression prochaine des IUFM, le recrutement des enseignants au niveau master, et leur prise de fonction immédiate, il pose manifestement les bases d’un tel mode de fonctionnement. Il est d’une grande naïveté de ne pas s’en rendre compte.
La formation initiale : avant le recrutement
Si notre raisonnement est exact, alors la question trouve une réponse logique : la formation initiale se situe avant le recrutement. C’est ce que les différentes réformes opérées depuis plus d’un demi-siècle n’ont pas réussi à faire ; car dans la situation actuelle, le recrutement réel (concours) se fait sur des bases liées exclusivement aux contenus disciplinaires, la formation professionnelle, se situant dans l’année suivante, est sanctionnée par un examen que tous les candidats, à de rares exceptions, remportent.
De fait les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) n’ont pas su - notamment pour l’enseignement secondaire, car pour le primaire ils ont œuvré dans la lancée des anciennes Ecoles Normales - malgré la très large autonomie dont ils bénéficiaient, rénover de façon profonde et rationnelle la formation des enseignants. C’est un des aspects du conservatisme viscéral du corps enseignant : des discours protestataires d’un côté, un immobilisme trop souvent constaté dans les pratiques ; la conséquence en est qu’un jour, un gouvernement dit « ça suffit ! ». Et que les réformes alors décidées risquent fort d’avoir une couleur idéologique marquée.
Partons donc du principe que la formation des enseignants doit se situer en amont du recrutement : c’est en effet la condition à laquelle la maîtrise des contenus de formation intervient dans la qualification initiale. Ce principe s’applique dans les cas où la qualification est accordée aussi bien par concours que par examen ; le mode de recrutement est donc alors indifférent et la question posée initialement n’est qu’apparemment liée au mode de recrutement.
Mais en réalité, on ne saurait aujourd’hui considérer qu’un enseignant, quelle que soit sa compétence, recruté à l’âge de 23 ans, dispose d’un bagage professionnel valable jusqu’à l’âge de sa retraite. C’était pourtant le cas naguère, et on a parfois tendance à penser que cela pourrait continuer ainsi.
De nos jours la formation continue fait l’objet, dans tous les corps de métier, d’un intérêt et d’une attention soutenus. C’est que, parce qu’elle est en prise directement sur l’activité, à la fois dans ses deux dimensions théorique et pratique (il faut connaître la théorie, il faut maîtriser la pratique), les savoirs et les savoir-faire, que précisément elle peut servir de référence pour la formation initiale ; aussi nous intéresserons-nous d’abord à celle-là.
La formation continue
La formation continue des professionnels de l’éducation est considérée comme une « obligation » dans 20 pays européens (Source Eurydice, août 2008), avec toutefois des modalités bien différentes. En Espagne elle est valorisée par une prime salariale ; dans d’autres pays elle est prise en compte pour la promotion ; en Italie elle est obligatoire, de droit et de fait, pour les nouveaux enseignants ; en France, après le mouvement lié à la création des MAFPEN (Missions Académiques à la Formation des Personnels de l’Education Nationale), préfigurées par le ministre Beullac, puis mises en place par son successeur, Savary), la formation continue s’est étiolée, de facultative, elle est devenue épisodique puis pratiquement négligée, réduite d’ailleurs à un moment de « recyclage » lié aux changements dans les programmes et les contenus disciplinaires.
La revue Education permanente, en 1989, avait consacré un numéro entier à cette question, avec la participation de 29 experts ; dans son éditorial, signé de Guy Jobert (Université Paris-Dauphine), on mettait en relief le rôle de la formation continue dans l’identité professionnelle des enseignants ; aussi l’importance des aspects non-disciplinaires : « les besoins de connaissances des responsables de l’enseignement et des enseignants eux-mêmes sur les processus individuels et sociaux de l’éducation sont immenses, indépendamment des contenus disciplinaires à transmettre. » Cela s’écrivait il y près de vingt ans …
Tout cela est resté lettre morte. Pourtant les dispositions officielles donnant une certaine autonomie pédagogique aux établissements, notamment par le Projet d’école ou le Projet d’établissement pour le secondaire, rendent indispensable à la fois une réflexion collective sur les données permettant d’assurer l’efficience et la faisabilité, et une formation sélective des différents acteurs. L’autre versant du projet d’établissement serait donc un « Projet intégré de formation » ; c’est d’ailleurs ce qui fut expérimenté, avec succès, dans l’Académie de Bordeaux dans les années 84-86. Imagine-t-on une entreprise qui souhaiterait mettre en œuvre des techniques nouvelles, pour des objectifs nouveaux, sans conduire une étude préalable et une formation adéquate des responsables ?
Il s’agirait dès lors d’organiser une formation ajustée aux données spécifiques du lieu d’exercice. Ce qui justifie d’ailleurs la formulation qui fut parfois retenue de « Formation en exercice »
On pourrait, en poussant notre raisonnement à la limite, avancer que la formation continue (qui concerne donc près d’un million de personnes) est aussi importante que la formation initiale.
Qu’est-ce qui en découle au plan des modalités ?
D’abord que la formation en exercice revêt deux aspects : l’un collectif, correspondant au travail en équipe dans le projet ; l’autre sélectif, correspondant aux fonctions spécifiques de chaque enseignant : par exemple un système d’évaluation formative se réalisera différemment selon qu’on enseigne les mathématiques ou la musique, l’anglais ou la géographie.
Ensuite que le lieu de formation est d’abord l’établissement lui-même pour ce qui relève du collectif ; un lieu de regroupement (Université ou Centre de formation …) pour ce qui relève du sélectif et qui peut regrouper des enseignants de plusieurs établissements)
Aussi, comme nous l’avons analysé précédemment, que l’objet de la formation concerne à la fois les contenus d’enseignement (notamment lors de la modification de programmes), les méthodes, les procédures (savoir-faire).
Enfin, et ceci découle de cela, que les formateurs relèvent de plusieurs ordres de compétences : des représentants de la hiérarchie (inspecteurs), des universitaires, des praticiens.
Quant à la formation initiale, elle devrait prendre ses repères, précisément dans la formation continue ; mutatis mutandis, bien sûr.
Ce qui concerne le projet d’établissement serait vu au niveau du projet national d’éducation ; ce qui concerne les enseignements stricto sensu, au niveau des points cardinaux de compétences que nous avons présentés en 3 (Quels contenus pour la formation) ; en matière de savoir faire, en revanche, il conviendrait de mettre en place une formation en alternance, ou d’apprentissage, ce qui donnerait une situation analogue à celle de la formation continue, à pôles inversés puisque ce seraient des « étudiants » qui iraient sur le terrain, et non des praticiens qui reviendraient étudier.
Le moment de cette formation serait indiscutablement situé avant le recrutement, et son résultat pris en compte lors du concours, qu’il soit national ou local : on ne forme pas les magistrats après les avoir nommés, mais avant …
Où former ?
Si le lieu premier de la formation continue est celui où exercent les professionnels, il ne peut pas en être de même pour les futurs enseignants ; le doctrine jusqu’à la loi de 89, était un lieu spécifique pour le primaire (les Ecoles Normales), l’Université pour le secondaire (avec aussi les Ecoles Normales Supérieures, mais qui ne dispensaient pas de formation pédagogique) ; venait s’ajouter pour les professeurs du secondaire un stage pédagogique sur une année, organisé par les CPR (Centres Pédagogiques Régionaux).
La loi de 1989 a modifié les données en créant les IUFM, qui d’une part recrutent au niveau licence (par concours pour le primaire, par inscription pour le secondaire), d’autre part préparent aux concours de recrutement (CRPE / CAPES ; l’agrégation restant confiée aux Universités).
Cette dernière réforme en réalité a de fait compliqué les choses, pour n’avoir été ni conçue ni conduite de façon systémique : le recrutement après la licence pour le primaire n’a en rien accru les savoirs pluri-disciplinaires des « instituteurs » ; en revanche ceux-ci devenant « professeurs des écoles » ont accédé à la catégorie A de la fonction publique, avec conséquemment une rémunération plus élevée ; c’était une revendication syndicale ancienne … En ce qui concerne le secondaire, les IUFM ont subdélégué aux Universités la préparation aux concours (c’est eux par conséquent qui reçoivent de l’Etat les financements correspondants et … les reversent aux Universités, avec tous les contentieux qu’on peut imaginer) ; quant à la formation professionnelle, réduite à la portion congrue car les stagiaires sont en situation de responsabilité directe avec 6 heures de cours par semaine (sans aucune préparation initiale), elle manque totalement de lisibilité et de cohérence, par incapacité à élaborer des programmes construits, avec tout le cortège des rivalités disciplinaires et catégorielles (les didactitiens des disciplines / les psychologues / les sociologues / les spécialistes de sciences de l’éducation / les inspecteurs / les praticiens …).
Les critiques de cette institution viennent d’abord des bénéficiaires, qui dénoncent à la fois le salmigondis des formations théoriques et l’absence de réponse aux problèmes réels qu’ils rencontrent dans les classes.
En réalité le « Où former » cache une question autrement plus importante : Former, oui, mais par qui ?
Notre système éducatif manque cruellement d’un réseau de compétences alliant à la fois les connaissances théoriques et les savoir faire applicatifs. Les disciplines de sciences humaines concernées se défendent farouchement de tout « applicationnisme » : « C’est comme ça, mais, qu’est-ce qu’on en fait et comment on fait, à vous de voir, ce n’est pas de ma compétence ». L’Université met un point d’honneur à valoriser et promouvoir les chercheurs, mais non les experts ; lors des concours de recrutement (Qualification prononcée par le Conseil National des Universités, le CNU – niveau 1 de concours –/ recrutement par les Commissions de spécialistes – niveau 2 de concours) ne sont pas prises en compte les publications touchant à la pratique professionnelle, sauf si c’est pour la prendre comme objet d’étude. On considère les « experts » comme des personnes ne relevant pas de la « science » universitaire : « C’est un des meilleurs experts, mais ce n’est pas un chercheur » a-t-on entendu au CNU, pour refuser une qualification.
Or c’est précisément d’experts que nous avons besoin pour la formation professionnelle des enseignants : des gens qui connaissent la théorie, mais qui n’ignorent rien de la pratique ; qui connaissent la résistance des matériaux, mais qui savent aussi construire des ponts.
La formation des formateurs devient donc l’urgence première.
On le voit, la formation professionnelle des enseignants pose donc tout d’abord la question des formateurs.
Débat qui court depuis longtemps comme un serpent de mer : participation des entreprises à la vie universitaire ; développement de formations à visée professionnelle ; formations en alternance ou par apprentissage.
Enseigner est un métier, comme les autres ; fini le temps où on devenait instituteur ou professeur par vocation ; et où la vocation pouvait faire office de bagage professionnel.
Certes, il existe, en amont de la formation, un certain nombre de conditions préalables, qui relèvent des goûts ou des intérêts personnels : il vaut mieux être patient qu’impulsif, convivial plutôt qu’individualiste, jovial que renfrogné, curieux et ouvert d’esprit que buté … mais tout cela aussi s’apprend, si on a envie d’exercer ce métier.
Ce n’est pas l’objet de ces textes, mais il va sans dire que c’est le métier premier de toute société : l’école restera – même si on se complait souvent à la critiquer – la base de toute organisation sociale et de toute compétence professionnelle.
Il est urgent de se préoccuper sérieusement de la formation des maîtres.