dimanche 31 janvier 2010

Au jour le jour / Dimanche 31 janvier

Dimanche 31 janvier : on se croirait en plein théâtre de l’absurde, chez Pirandello, Ionesco ou Beckett. Ce ne sont plus des personnes, des hommes politiques, qui peuplent notre horizon, mais des personnages d’une comédie où chacun joue un rôle ambigu et indécidable, des personnages en quête d’auteur pour reprendre le titre de la comédie éponyme de Luigi Pirandello..

C’est Villepin et Sarkosy, c’est Georges Frêche et Martine Aubry, puis Jean-Luc Mélenchon, c’est Delattre et Ali Soumaré dans le Val d’Oise, c’est la cantatrice (non chauve cependant) qui comme dans la pièce d’Eugène Ionesco tente de trouver sa place dans cette cacophonie, où chacun s’oppose et s’invective et personne ne se comprend ; c’est aussi le parti socialiste qui se meurt et se déchire, attendant un sauveur, porteur d’espoir, comme Vladimir et Estragon attendent Godot dans la pièce de Samuel Beckett.

Cependant, Solal, le fils de Jean-le-fils, à son huitième jour, comme le veut la loi, a subi l’épreuve de la circoncision ; la mère séfarade pratiquante l’a exigé, Patrick Balkany l’a dit, Le Figaro l’a écrit. Il est donc heureusement des lieux de paix où l’absurde encore n’a pas victorieusement pénétré.

samedi 30 janvier 2010

Au jour le jour / Samedi 30 janvier

Samedi 30 janvier : « Motus et bouche cousue », comme naguère aimait à dire Charles Pasqua ; c’est désormais la consigne élyséenne ; l’affaire, on n’en parle plus ; la doctrine est qu’on ne répondra aux provocations du vil adversaire qu’en répondant qu’on ne répondra pas. Alors la consigne aujourd’hui au congrès de l’UMP pour valider les listes régionales, cétait Unité ! Unité ! Unité !

Les médias eux aussi ont désormais tourné la page, l’événement après avoir atteint son apogée, se trouve maintenant sous le boisseau.

Mais, comme toujours le feu couve sous la cendre ; et même Carla, missionnée par on ne sait qui, n’a pu s’empêcher de souffler sur les braises, aujourd’hui sur RTL. " Comment ? Quel scandale ! Mêler le président à cette affaire qui est du domaine pénal, et non du domaine politique !" Et sur Le Monde de demain, Badinter rappelle que les prédéceseurs du souverain, s’ils ont parfois plaidé au civil, n’ont jamais saisi la justice au pénal.

Quant à lui, le chiraquien villepéniste Bruno Lemaire, nommé comme il se doit, au cul des vaches, ministre de l’agriculture, doit vivre un conflit cornélien ; servira-t-il Horace, ou Curiace ? Lui qui le 28 janvier (pas si loin, donc) déclarait : « Il n’y aura pas de problème à l’UMP dès que l’on aura rendu à Villepin la place qui lui revient ». Conclusion ...

On apprend simulanément que le procureur Marin n’aurait pas toujours eu avec le souverain les meilleures relations. Depuis deux ans cependant il a fait preuve du plus parfait sarkosysme. « Pas fiable » murmure-t-on cependant en haut lieu. D’ailleurs on ne lui a pas donné la place qu’il espérait tant pour sa fin de carrière : Procureur général de Paris. Il ne ferraillera donc pas avec l’ancien premier ministre lors du nouveau procès.

Dans ce jeu à cochon pendu, on voit qu’un train pourrait bien en cacher un autre, et que le « petit » procureur de Paris, dépité de ne pas avoir été promu général, pourrait bien par son acrimonie déstabiliser le prince régnant. Querelle mesquine, grands effets, comme dit le proverbe !

vendredi 29 janvier 2010

Au jour le jour / Vendredi 29 janvier


Vendredi 29 janvier : les champions sont de retour ; voici derechef Horace et Curiace sur la scène ; ah, Corneille que n’es-tu parmi nous pour conter en vers ce drame où aujourd’hui s’exhale le parfum de la politique souveraine. Hier apaisés, l’un effaçant toute rancœur et toute rancune, l’autre exprimant son respect pour une décision de justice ; aujourd’hui de nouveau brandissant le glaive de la haine et de la rivalité.

Car voici que ce matin, comme dans le roman et le film de Graham Greene, surgit un troisième homme, le procureur Marin, qui subtilement distinguant entre jugement et justice (« Un jugement a été rendu, mais la justice n’est pas encore totalement rendue »), ravive les braises encore vives du conflit.

Chacun y va de son interprétation : C’est le souverain obstiné et rancunier, qui loin d’avoir rangé son croc de boucher au grenier, le fourbit pour les mois à venir, clament les uns ! Absurde répondent les autres, le souverain a déclaré ne plus se porter partie civile, ce nouveau procès n’est plus le sien, ça ne le concerne plus, voir donc le procureur. Lequel comme on sait, rétorquent les premiers, est un affidé du souverain.

Mais il fallait voir l’air embarrassé dudit procureur ; au point qu’on pourrait bien se demander : « Pour qui Marin roule ? ». Car quelle que soit l’issue du nouveau procès, ça pourrait bien, de toute façon, tanguer pour le souverain.

jeudi 28 janvier 2010

Au jour le jour / jeudi 28 janvier

Jeudi 28 janvier : « Waterloo, Waterloo, morne plaine … ». On a tous récité ces vers de Victor Hugo dans notre enfance scolaire ; et aussi « Il attendait Grouchy, ce fut Blücher ». Ainsi, on s’en souvient, Wellington gagna la bataille et Napoléon l’exil, le 18 juin 1815.

Qu’attendait donc ce jour d’hui notre souverain, qui lui valut cette mine dépitée et sa sortie qui se voulut humoristique ? « Ah, vous êtes venu me dire Bon anniversaire ! Je reconnais bien vos bonnes intentions à mon égard ; merci, merci ! ; pour le reste de votre question, j’y répondrai quand je connaîtrai les attendus. »

Et voilà, comme naguère J.F. Kennedy, peut-être attendait-il qu’une star pulpeuse et de blanc vêtue vînt chanter de sa voix sensuelle : « Happy birthday to you, Mister President ! » Hélas non, ce qui lui apparut, ce ne fut pas Marilyn, mais le spectre de Villepin ; non pas pendu à un croc de boucher, mais relaxé par le tribunal, malgré les réquisitions du parquet, c'est-à-dire de MAM, c'est-à-dire de l’Elysée.

28 janvier, morne date ! Certes on fait courir le bruit que la « main ouverte » de Villepin pourrait se traduire par une réconciliation-exil, comme en bénéficia DSK ; mais non, le pendu dépendu a fait ce soir sonner sa différence, son amitié avec Chirac et Juppé, bref sa détermination à servir la France autrement ; la main ouverte pourrait bien porter une gifle.

Le souverain, obnubilé par la maxime « La fortune sourit aux audacieux » avait peut-être oublié celle de La Fontaine : « Tel est pris qui croyait pendre. ». Pardon, chacun aura corrigé, « qui croyait prendre ».

mercredi 27 janvier 2010

Au jour le jour / mercredi 27 janvier


Mercredi 27 janvier : sincèrement il est très fort, ou alors il a une batterie de sosies : avant-hier à tutoyer la France des clochers dans un studio type « café du commerce », aujourd’hui à prononcer le discours d’ouverture à Davos où le voilà tutoyant les chefs d’Etat les plus riches et les plus puissants de ce monde.

Ou alors … Ou alors quoi ? Et bien quelque chose comme le héros du Mythe de Sisyphe, qui va roulant son rocher en haut d’une montagne et aussitôt le regarde dévaler pour recommencer.

Ah bon ! Oui, une fureur obessionnelle et compulsive à rechercher toujours la même chose, tout en étant sûr de ne jamais la trouver, la certitude de la raison qu’il a de toute chose. Il y a chez le souverain quelque chose du maître d’école, du hussard, du combattant, du croisé.

Peu importe que les faits et les hommes lui donnent tort ; il y croit. Ici c’est la valeur suprême du travail comme source de richesse et de bonheur ; là c’est la sauvegarde du capitalisme mondial et le nécessaire effort de moralisation qui permettra d’y parvenir.

« Je vous comprends, Martine et Samir ! » dit-il aux déshérités, comme hier De Gaulle aux pieds-noirs d’Alger ; et aux puissants : « Un peu de morale, Messieurs, c’est dans votre intérêt ! ».

La fureur de Sisyphe était absurde ; mais disait Camus, « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Sisyphe ? D’accord, c’est son problème. Mais nous, ballottés et roulés sans cesse, nous aimerions bien souffler un peu en haut.

mardi 26 janvier 2010

Au jour le jour / 26 janvier

Le problème technique hier signalé n'a pas pu être résolu ; les experts ont séché ; désormais, textes et billets se trouveront dans une rubrique unique. Et pour comble, à la suite d'une experte manipulation, les textes antéreurs de Au jour le jour ont été effacés.
Patience ! L'essentiel est au jour le jour.
Toutefois les textes écrits quotidiennement depuis le 30 mars 2008 sont disponibles, à votre demande à laborderie.laronde@wanadoo.fr
Mardi 26 janvier : "Parole de Président, parole d’argent", dit le proverbe ; et d’ailleurs il y en a qui aussitôt demandent à être payés comptant. Il en a parlé hier, on en reparle aujourd’hui, et assurément dans les ministères concernés, notamment celui de la fonction publique, on en parlera encore demain, et même plus.

Car, tel Mandrake, roi de la magie, le souverain a tenu simultanément ou presque deux propos apparemment inconciliables ; tout d’abord : « il faut moins de fonctionnaires, mieux payés », ensuite, répondant à Samir, prof. Contractuel d’économie et gestion dans un lycée professionnel de Gagny, « c’est anormal, je vais titulariser les contractuels de la fonction publique » ; et ça, d’un coup ça fait un demi-million de fonctionnaires de plus, car titulariser, dans la fonction publique, c’est fonctionnariser. En outre comme depuis un certain temps, on a pris le parti de recruter des contractuels, c’est un radical changement de politique.

Pourtant, sa diatribe contre le nombre de fonctionanires semblait cohérente avec sa saillie contre les concours « tous les enfants ne sont pas faits pour être des bêtes à concours ; moi-même d’ailleurs … ». Or comment peut-on rentrer dans la fonction publique ? De deux façons : par concours, ou par contrat. Manifestement la doctrine devenait : désormais on y rentrera par contrat, précaire bien sûr. Patatras ! Tout s’effondre et la doctrine à vau-l’eau !

Alors « argent comptant ! » exigent les syndicats qui, avec persévérance mais sans espoir, demandaient cette titularisation, et se voyaient opposer par les ministres concernés un refus catégorique.

Et il y en a dans l’entourage présidentiel qui ont dû entendre siffler leurs oreilles. Comment, une question qui n’avait pas été prévue ? Et le souverain, n’écoutant que son bon cœur, qui répond n’importe quoi ? Assurément il y a là quelques contractuels qui vont devoir attendre pour être titularisés.

lundi 25 janvier 2010

Au jour le jour / 25 janvier

Pour des raisons techniques, que je ne parviens pas à gérer, la rubrique Au Jour le Jour est provisoirement éditée dans l'emplacement TEXTES


Lundi 25 janvier : le quizz du jour : Qui a dit ?

Je veux instaurer la préférence communautaire.
C’est pas possible qu’on continue comme ça.
Je vais titulariser tous les contractuels.
Haro sur les concours ! (Exactement : La France a la maladie des concours)
Peu importent les statistiques, la vérité est là.
L’euro a entraîné un renchérissement de la vie.
C’est un petit problème, mais c’est un vrai scandale.
C’est pas possible de l’accepter.
Les 35 heures ? Une catastrophe économique et sociale.
Il est inadmissible qu’on vende en France des voitures françaises fabriquées à l’étranger. (Ouf ! je viens d’acheter une Renault fabriquée en Dacie, j’ai eu le nez creux !)
Il faut libérer les forces de travail de notre pays.
Moi, j’ai l’accumulation de tous les dossiers.

Qui a dit tout cela, et bien plus encore ?

Qui n’a dit ni « Justice », ni « Egalité », ni « Equité » ?

Enfin qui a dit « Je » ou « Moi je » plus de 200 fois en 70 minutes ?

Erreur de ma part, je n’aurais pas dû poser cette dernière question ; là je sens que vous brûlez. Heureusement que je n’ai pas mis ma Dacia en jeu, je n’aurais pas pu m’en acheter une autre.