samedi 1 mai 2010

Samedi 1er mai / Chronique vénitienne / 3 - De Venise à Gargnano

Le lac de Garde, le Benacus des latins, entre Venise et Milan, entre Vérone et Brescia, ce fut pour nous l’étape lacustre naturelle entre le monde lagunaire de la Cité des Doges et le monde fluvial de la vallée du Pô ; un retour aussi, un revenir ; à Sirmione d’abord, chantée par Catulle qui avait choisi d’y installer sa résidence secondaire : « Sirmio, peninsularum insularumque ocellae » ( Sirmione perle des îles et des presqu’îles), aujourd’hui teutoniquement envahie, les grosses cylindrées d’abord, les accents germaniques ensuite, mais vite, pour les happy few, rendue à elle-même avec ses créneaux guelfes et gibelins témoins des luttes médiéviales pour s’emparer de ce joyau, ses familles paisibles de canards (le père, la mère, la cohorte de canetons) et cette atmosphère si particulière où le lac vient jouer avec les montagnes dans le bleuté de la « foschia » (la légère brume) printanière.

De Sirmione à Gargnano, sur la rive « bresciana » ( de Brescia), on traverse d’abord Salo’, siège, en octobre 1943, du gouvernement mussolinien fantoche, dit de la « Repubblica di Salo’ », puis Gardone Riviera, où Gabriele d’Annunzio avait édifié sa monumentale demeure qu’il avait lui-même baptisée « Il Vittoriale », et où a été transportée l’entière carène de la Nave Puglia, bateau sur lequel il s’empara de Fiume en septembre 1919, et où l’on peut voir aussi l’avion qu’il pilotait lors de cette folle, épique et héroïque entreprise des "terre irredente".

Enfin, passé Maderno, on entre dans Gargnano, apparemment plus modeste car la route en cet endroit s’écarte du rivage, mais bijou composé de trois perles inégalables, celle de Gargnano, celle de Villa et celle de Bogliaco ; trois petits ports sur le lac, où les barques de pêche côtoient les monocoques de plaisance, où la population locale jadis comme aujourd’hui composée de pêcheurs et de « citronniers », vit maintenant au rythme des saisons touristiques.

Gargnano est un village aussi chargé d’histoire ; il y a peu de temps encore on pouvait déguster une grappa au bar Lo Zuavo, dont le nom évoque l’épopée napoléonnienne que ponctuent aussi sur la carte les noms évocateurs de Rivoli et de Solferino ; plus tard Gargnano fut le siège réel du gouvernement de la Repubblica di Salo’ ; Mussolini y avait son bureau personnel dans le Palazzo Feltrinelli (aujourd’hui siège d’une succursale de l’Université de Milan) et sa résidence dans la somptueuse Villa Feltrinelli depuis peu réaménagée en hôtel de luxe.

En longeant le lac, vers le sud, sur une passerelle piétonne, on arrive à Bogliaco ; on passe devant le Palazzo Bettoni Cazzago, merveille de l’architecture baroque, dont les jardins ponctués de nymphées, d’esplanades et d’escaliers à double révolution, abritaient les 24 et 25 avril la X édition de la Mostra di piante e fiori degli antichi giardini del lago di Garda.

Ce fut un moment enchanteur de flânerie, parmi les couleurs, les parfums, les harmonies de l’orchestre abrité dans la grotte du parc ; de là nous rejoignîmes notre restaurant, sur sa terrasse dominant le lac ; là certes on se rend pour se restaurer, mais les saveurs qu’on y découvre sont autant celles d’une nourriture italienne typique, que celles du paysage de montagnes encore enneigées, des fleurs, des voiliers de l’école de voile de Bogliaco ; celle du bonheur de s’y retrouver, elle et moi, moi et elle ; et de nous y être promis de nouveaux rendez-vous.






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