lundi 3 mai 2010

Au jour le jour/ Lundi 3 mai / Le retour

Ce n’est pas très facile de retourner sur terre ; non que l’Italie ait eu comme un avant goût du paradis, non que l’insouciance connaturelle de toute atmosphère de vacances ait rangé au grenier les soucis de la vie quotidienne ; mais nous avions décidé de vivre une semaine sans internet, sans télévision, sans radio, sans journaux, juste un téléphone pour rester en contact, si nécessaire avec la famille.

Certes, les échanges que nous eûmes avec les amis milanais n’ont pas évité les sujets émergents : les impôts sur les classes moyennes plus élevés que chez nous, l’économie souterraine entre les mains de la mafia, les retraites moins bien assurées ; et cependant un peuple qui semble vivre pas trop mal, peut-être mieux que nous (grâce à des cellules familiales toujours très vives) ; des services commerciaux qui proposent toute sorte de produits en abondance et ce avec une hygiène et une propreté ignorée dans l’hexagone (il est vrai que nous sommes dans le Nord et près de la Suisse), mais de toute façon les Français ont la réputation d’être sales, et surtout, en Italie comme partout dans le monde, arrogants, méprisants et prétentieux.

Alors soudain, on traverse le tunnel du Fréjus (au tarif exorbitant de 35 € !),et hop, on retrouve la France, doux pays de notre enfance. Qu’y trouve-t-on ? Le scandale des bleus qui se payent comme cadeau d’anniversaire une cover girl siliconée (quel manque de goût ) à plus de mille € (un mois de SMIC) la passe ; la faillite de la Grèce, et le souverain qui vole à son secours après avoir convaincu Angela que c’était quand même une bonne affaire de renflouer le gouvernement hellène en lui prêtant à 5% de l’argent emprunté à 2% ; et la marée noire de la Louisiane qui nous indique de façon tragique comment avec le pétrole on joue avec le feu ; et l’aveuglement de l’un et aussi des autres sur le dossier des retraites …

On aurait bien besoin qu’un nouveau Turc débarquât en France, pour y dépeindre, comme le fit La Bruyère, les mœurs et caractères de notre temps.

dimanche 2 mai 2010

Dimanche 2 mai /Chronique vénitienne / Images

Quelques documents iconiques (en deux envois en raison de mystérieux problèmes techniques) sur Venise et sur Gargnano


L'enfant au batracien, à la Punta della dogana


Venise vue de la Giudecca





La Giudecca au petit matin, vue de la Calcina








La pointe de Gargnano, vue de Bogliaco




Bogliaco di Gargnano, les jardins de Palazzo Bettoni Cazzago




















Dimanche 2 mai /Chronique vénitienne / La Dogana

Punta della dogana / entrée de Mapping the sudio






samedi 1 mai 2010

Samedi 1er mai / Chronique vénitienne / 3 - De Venise à Gargnano

Le lac de Garde, le Benacus des latins, entre Venise et Milan, entre Vérone et Brescia, ce fut pour nous l’étape lacustre naturelle entre le monde lagunaire de la Cité des Doges et le monde fluvial de la vallée du Pô ; un retour aussi, un revenir ; à Sirmione d’abord, chantée par Catulle qui avait choisi d’y installer sa résidence secondaire : « Sirmio, peninsularum insularumque ocellae » ( Sirmione perle des îles et des presqu’îles), aujourd’hui teutoniquement envahie, les grosses cylindrées d’abord, les accents germaniques ensuite, mais vite, pour les happy few, rendue à elle-même avec ses créneaux guelfes et gibelins témoins des luttes médiéviales pour s’emparer de ce joyau, ses familles paisibles de canards (le père, la mère, la cohorte de canetons) et cette atmosphère si particulière où le lac vient jouer avec les montagnes dans le bleuté de la « foschia » (la légère brume) printanière.

De Sirmione à Gargnano, sur la rive « bresciana » ( de Brescia), on traverse d’abord Salo’, siège, en octobre 1943, du gouvernement mussolinien fantoche, dit de la « Repubblica di Salo’ », puis Gardone Riviera, où Gabriele d’Annunzio avait édifié sa monumentale demeure qu’il avait lui-même baptisée « Il Vittoriale », et où a été transportée l’entière carène de la Nave Puglia, bateau sur lequel il s’empara de Fiume en septembre 1919, et où l’on peut voir aussi l’avion qu’il pilotait lors de cette folle, épique et héroïque entreprise des "terre irredente".

Enfin, passé Maderno, on entre dans Gargnano, apparemment plus modeste car la route en cet endroit s’écarte du rivage, mais bijou composé de trois perles inégalables, celle de Gargnano, celle de Villa et celle de Bogliaco ; trois petits ports sur le lac, où les barques de pêche côtoient les monocoques de plaisance, où la population locale jadis comme aujourd’hui composée de pêcheurs et de « citronniers », vit maintenant au rythme des saisons touristiques.

Gargnano est un village aussi chargé d’histoire ; il y a peu de temps encore on pouvait déguster une grappa au bar Lo Zuavo, dont le nom évoque l’épopée napoléonnienne que ponctuent aussi sur la carte les noms évocateurs de Rivoli et de Solferino ; plus tard Gargnano fut le siège réel du gouvernement de la Repubblica di Salo’ ; Mussolini y avait son bureau personnel dans le Palazzo Feltrinelli (aujourd’hui siège d’une succursale de l’Université de Milan) et sa résidence dans la somptueuse Villa Feltrinelli depuis peu réaménagée en hôtel de luxe.

En longeant le lac, vers le sud, sur une passerelle piétonne, on arrive à Bogliaco ; on passe devant le Palazzo Bettoni Cazzago, merveille de l’architecture baroque, dont les jardins ponctués de nymphées, d’esplanades et d’escaliers à double révolution, abritaient les 24 et 25 avril la X édition de la Mostra di piante e fiori degli antichi giardini del lago di Garda.

Ce fut un moment enchanteur de flânerie, parmi les couleurs, les parfums, les harmonies de l’orchestre abrité dans la grotte du parc ; de là nous rejoignîmes notre restaurant, sur sa terrasse dominant le lac ; là certes on se rend pour se restaurer, mais les saveurs qu’on y découvre sont autant celles d’une nourriture italienne typique, que celles du paysage de montagnes encore enneigées, des fleurs, des voiliers de l’école de voile de Bogliaco ; celle du bonheur de s’y retrouver, elle et moi, moi et elle ; et de nous y être promis de nouveaux rendez-vous.






vendredi 30 avril 2010

Vendredi 30 avril / Chronique vénitienne / 2 – à la Dogana



Finalement si, le concert pour orgue de Vivaldi à la Salute, nous arrivâmes alors qu’il était commencé, mais assez tôt pour se sentir enveloppés par les sons graves, flûtés, roulés ou plaintifs dont harmonieusement jouait l’organiste ; enveloppés sous la voûte, envoûtés en quelque sorte, de cet ancien temple octogonal dont la lunule capitale de la coupole rappelle celle du Panthéon à Rome ; tout comme le pavement polychrome dont la géométrie associe les courbes et les angles dans un enchevêtrement vasarélyen, en forme de conque pour recevoir l’eau de pluie, bienfaisante et baptismale qui s’écoulait jadis par l’ouverture de l’oculus. Oui, envoûtés aussi par cet ensemble iconographique de peintures, de sculptures, de vitraux, de pilastres, de stalles, que la nef en bateau inversé enserre.

S’étonnera-t-on que certains y voient la raison et la preuve de leur ferveur mystique ? Il faut se tenir sur ses gardes pour ne pas se laisser enlever et emporter dans ce mirage où tout se conjugue pour créer une représentation ordonnée du monde, non par l’esprit mais l’esprit saint, et qui se réalise par la diffuse adoration de la divinité et l’abstraction du corps.

Sortis de la Salute, à quelques pas nous allons vers la Punta della Dogana où est présentée l’exhibition Mapping the studio dans ce nouvel espace culturel de la fondation Pinault.

Merveille inégalable d’architecture et de muséographie, de technique et d’art, de modernisme et de tradition dans un ancien soigneusement réhabilité. La rigueur vigoureuse de la charpente, épine dorsale de cette vaste proue de la Douane de mer s’accorde avec les panneaux du béton lisse comme le marbre, qui structurent l’espace et ses agencements.

On peut ne pas être branché sur l’art contemporain, mais on ne traverse pas Mapping the sudio sans ressentir, au-delà de la diversité des thèmes, des formes et des techniques, quelque chose qui relève d’une idée de l’existence : le corps, la chair, la matière, la violence, la douleur, l’immanent et finalement le désordre.

Ici aussi une vision du monde, cohérente, puissante, envoûtante, avec ses règles, ses principes, ses contraintes et ses constantes, ses formes obligées ; cependant que à la Salute tout converge vers Dieu et vient de lui, ici le discours, en un retour hérité de l’existentialisme sartrien, c’est comme un triangle décapité qui serait incapable de se régir sur sa base ; humanisme à la recherche de sa transcendance ; un discours de souffrance, sans espoir, comme ce cheval cabré dont la tête s’enfonce dans un mur, comme cette terrassante représentation du nazisme en allégorie de la mortelle comédie humaine ; un monde dont ce discours voudrait établir le plan (mapping) dans l’espace (studio) où il se représente : Mapping the studio.

A la Salute comme à la Dogana, Venise pense et nous invite à penser ; le monde, l’éthique, l’esthétique, l’existentiel et l’essentiel ; la nostalgie du passé, l’angoisse du futur ; la beauté du présent.
Venezia !










jeudi 29 avril 2010

Jeudi 29 avril / Chronique vénitienne / 1- à la Giudecca



A la Giudecca, Venise n’est plus dans Venise ; elle n’est plus ici, elle est là ; devant nous, autour de nous entre Lido et Zattere. Les éclats de voix et les accents y sont italiens, le calendrier du restaurant où nous déjeunons est rédigé en langue vénitienne ; plane encore en ces lieux l’esprit de Cagliostro qui y exerça ses talents, et de Mamugnà, l’alchimiste cypriote qui transformait l’argent en or.

L’autre Venise, celle d’en face, est celle des Giacomo Casanova, John Ruskin, André Suarés, et des Scapigliati (la Bohème), dont on rencontre encore la mémoire, sur les Zattere, dans la Pensione La Calcina, où ils aimaient s’arrêter et écrire.

C’est là, dans cette autre Venise, la plus proche de la Giudecca dont seulement la sépare le canal éponyme, que nous avons choisi de séjourner. Aujourd’hui cependant, Ruskin oblige, les salons et les escaliers résonnent d’accents anglo-saxons. C’était depuis longtemps notre désir, lié probablement à la rencontre avec le Suarès du Voyage du Condottiere. La vue sur la Giudecca qui se dessine comme une toile en forme de bande dessinée, y est imprenable, mais les agencements sont décevants,notamment au regard du prix plus proche de ceux du Cipriani ou du Danieli que de celui de la modeste pension de famille que naguère elle fut.

Mais que vaut, sinon tout, cette vue d’infini apaisement de ce bras de lagune au vert émeraude, sillonné de vaporetti, de barques de pêcheurs et de temps à autre de quelque paquebot dont la masse insolite et barrant l’horizon rappelle celle fantastique du REX dans Amarcord de Fellini.

Bien sûr nous sommes allés rituéliquement prendre un vermuth (17 €) au café Florian, face aux Procuraties, à l’horloge des Maures, à la Basilique Saint Marc et tout près, omniprésent dans notre imagination même si caché à nos yeux, du Palais des Doges, rayonnant des splendeurs de la Sérénissime, et qui aussi abrita sous les Piombi le prisonnier Casanova qui s’en évada de façon rocambolesque, et plus tard Silvio Pellico qui relata ses tourments dans Le mie prigioni.

Aussi, à la pointe de la Giudecca, juste en deça de la Douane de mer, là où Tintoret représenta l’Esprit saint rayonnant sur les apôtres ; et à l’église des Gesuati où Tiepolo peignit les scènes du rosaire si justement analysées dans Le rose Tiepolo de Roberto Carasso.

Et puis encore au Musée d’art contemporain, qui après le Palazzo Grassi du mécène François Pinault, établi sur la Dogana del mar, sous la sphère dorée du monde, censée encourager et guider les marchands vénitiens sur les routes de l’Orient, aujourd’hui annoncé par un adolescent nu de pierre blanche, comme le David de Donatello, tenant dans sa main droite, à hauteur du regard, non la fronde qui permit de vaincre Goliath, mais un batracien pêché dans la lagune ; près de lui, nuit et jour, un vigile de noir vêtu, veille.

L’essentiel à Venise c’est de flaner, dans cette ville sans touriste ou presque, en cette fin d’avril, encore fraîche, où la brûme enveloppe de la même lumière tamisée, l’eau, la terre et le ciel. Flaner sans autre but, comme font les pigeons et les mouettes donr le vol zèbre régulièrement et irrégulièrement l'espace.
Bien sûr, de ce fait ne plus avoir le temps d'aller écouter l'orgue Vivaldien des vêpres à La Salute, ni de voir la nouvelle collection Gugghenheim, le regretter mais faire de ce regret un désir pour une autre aventure.
Cependant savoir s'arrêter pour déguster une coppa , chez Nico, à quatre pas du pont de l'Aacadémie, au bord du canal de la Giudecca ; là retrouver la saveur du parfum de citron ; parfum découvert, alors insolite, naguère à Sirmione. N'a guère ? C'était en 1955 , mais c'était hier ; le mage Mamugnà n'a peut-être pas transformé l'argent en or, mais il a condensé la durée dans l'instant.

mercredi 28 avril 2010

Mardi 28 avril / Ben tornati da Venezia

Ben tornati, dunque da Venezia ; un po' stanchi, ma felici.

Domani, per voi amici, la Cronaca di Venezia, molto più interessante della quotidiana cronaca sarkosiana ; purtropppo, bisogna vivere anche nel quotidiano.

PS / La cronaca sarà in francese ...