mardi 26 janvier 2010

Au jour le jour / 26 janvier

Le problème technique hier signalé n'a pas pu être résolu ; les experts ont séché ; désormais, textes et billets se trouveront dans une rubrique unique. Et pour comble, à la suite d'une experte manipulation, les textes antéreurs de Au jour le jour ont été effacés.
Patience ! L'essentiel est au jour le jour.
Toutefois les textes écrits quotidiennement depuis le 30 mars 2008 sont disponibles, à votre demande à laborderie.laronde@wanadoo.fr
Mardi 26 janvier : "Parole de Président, parole d’argent", dit le proverbe ; et d’ailleurs il y en a qui aussitôt demandent à être payés comptant. Il en a parlé hier, on en reparle aujourd’hui, et assurément dans les ministères concernés, notamment celui de la fonction publique, on en parlera encore demain, et même plus.

Car, tel Mandrake, roi de la magie, le souverain a tenu simultanément ou presque deux propos apparemment inconciliables ; tout d’abord : « il faut moins de fonctionnaires, mieux payés », ensuite, répondant à Samir, prof. Contractuel d’économie et gestion dans un lycée professionnel de Gagny, « c’est anormal, je vais titulariser les contractuels de la fonction publique » ; et ça, d’un coup ça fait un demi-million de fonctionnaires de plus, car titulariser, dans la fonction publique, c’est fonctionnariser. En outre comme depuis un certain temps, on a pris le parti de recruter des contractuels, c’est un radical changement de politique.

Pourtant, sa diatribe contre le nombre de fonctionanires semblait cohérente avec sa saillie contre les concours « tous les enfants ne sont pas faits pour être des bêtes à concours ; moi-même d’ailleurs … ». Or comment peut-on rentrer dans la fonction publique ? De deux façons : par concours, ou par contrat. Manifestement la doctrine devenait : désormais on y rentrera par contrat, précaire bien sûr. Patatras ! Tout s’effondre et la doctrine à vau-l’eau !

Alors « argent comptant ! » exigent les syndicats qui, avec persévérance mais sans espoir, demandaient cette titularisation, et se voyaient opposer par les ministres concernés un refus catégorique.

Et il y en a dans l’entourage présidentiel qui ont dû entendre siffler leurs oreilles. Comment, une question qui n’avait pas été prévue ? Et le souverain, n’écoutant que son bon cœur, qui répond n’importe quoi ? Assurément il y a là quelques contractuels qui vont devoir attendre pour être titularisés.

lundi 25 janvier 2010

Au jour le jour / 25 janvier

Pour des raisons techniques, que je ne parviens pas à gérer, la rubrique Au Jour le Jour est provisoirement éditée dans l'emplacement TEXTES


Lundi 25 janvier : le quizz du jour : Qui a dit ?

Je veux instaurer la préférence communautaire.
C’est pas possible qu’on continue comme ça.
Je vais titulariser tous les contractuels.
Haro sur les concours ! (Exactement : La France a la maladie des concours)
Peu importent les statistiques, la vérité est là.
L’euro a entraîné un renchérissement de la vie.
C’est un petit problème, mais c’est un vrai scandale.
C’est pas possible de l’accepter.
Les 35 heures ? Une catastrophe économique et sociale.
Il est inadmissible qu’on vende en France des voitures françaises fabriquées à l’étranger. (Ouf ! je viens d’acheter une Renault fabriquée en Dacie, j’ai eu le nez creux !)
Il faut libérer les forces de travail de notre pays.
Moi, j’ai l’accumulation de tous les dossiers.

Qui a dit tout cela, et bien plus encore ?

Qui n’a dit ni « Justice », ni « Egalité », ni « Equité » ?

Enfin qui a dit « Je » ou « Moi je » plus de 200 fois en 70 minutes ?

Erreur de ma part, je n’aurais pas dû poser cette dernière question ; là je sens que vous brûlez. Heureusement que je n’ai pas mis ma Dacia en jeu, je n’aurais pas pu m’en acheter une autre.

dimanche 20 septembre 2009

Pragmatisme, machiavélisme, impéritie

Le pragmatisme, de nombreux gouvernants s’y réfèrent ; ce serait le contraire de la soumission à une idéologie, le refus de la « pensée unique », l’adaptation aux circonstances, en somme l’art de prendre de bonnes décisions au bon moment, comme le paysan se conforme à la pluie et au beau temps.

Le machiavélisme, ce sont les analystes qui le décèlent ; rarement les gouvernants le revendiquent, car il a mauvaise presse ; c’est non seulement le principe, affirmé par Machiavel au XVI° siècle, que la fin justifie les moyens, mais surtout l’adoption de la rouerie comme principe de gouvernement. Toute personne machiavélique se défend de l’être.

L’impéritie appartient à un tout autre domaine, celui de la compétence ou de l’expertise ; plus exactement encore, il s’agit du manque d’expérience, moins pas dans le sens de ne pas connaître le sujet, que dans celui de ne pas savoir (ou vouloir) en appréhender la complexité et surtout la dimension systémique ; par systémique nous entendons que tout phénomène s’inscrit dans un réseau d’interactions à la fois synchroniques (qui se situent dans le même temps) et diachroniques (qui se situent dans la durée).


Nous nous proposons d’examiner plusieurs décisions prises par le gouvernent (i.e. le Président, car il les avait annoncées dans son « programme »), à l’aune de ces trois critères.
Dans le domaine économique : le bouclier fiscal, puis l’application du principe « Travailler plus pour gagner plus ».
Dans le domaine de l’éducation, la question de la sectorisation (carte scolaire) et la suppression des cours le samedi matin, puis la foration des maîtres.
Dans le domaine de l’organisation territoriale, la réforme en cours concernant les conseils régionaux ou généraux
.


Le bouclier fiscal.

Son principe est double : 1°) Le Président a été élu pour baisser les impôts, non pour les augmenter, personne donc ne doit payer en prélèvements obligatoires plus de la moitié de ce qu’il gagne. 2°) Il est de l’intérêt de tous (recettes fiscales, emploi …) d’éviter l’évasion fiscale et l’implantation de sièges sociaux d’entreprises dans des où la pression fiscale est moindre, ou nulle. En instaurant donc le bouclier fiscal, on fait donc coup double.

Le coup en réalité est parti dans plusieurs directions, mais, tout d’abord il n’a guère produit d’effet en matière d’évasion fiscale, puisque le discours obstinément démagogique du Président sur les paradis fiscaux et la limitation des bonus bancaires, tout comme la liste des 3.000 du ministre du budget, qui cacheraient des avoirs clandestins dans des banques suisses, ainsi que les fermetures et les délocalisations d’entreprises, montrent bien que ledit bouclier n’a guère eu d’effet sur l’évasion fiscale et sur le maintien des entreprises en l’hexagone.

Quant à « baisser les impôts », on n’a pu faire croire à personne que la barre des 50% pouvait concerner les classes défavorisées et même les classes moyennes supérieures. Cette mesure a été en revanche perçue comme un cadeau fait aux personnes les plus favorisés et aux grosses fortunes, qui du même coup, ne paient plus l’impôt sur la fortune.

Comme en revanche elle a diminué le montant des rentrées fiscales, le Premier ministre, puis le Président ont pu ainsi dire que les « caisses étaient vides », qu’il fallait augmenter le forfait hospitalier, ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux, augmenter les charges et en même temps diminuer le budget des collectivités territoriales.

Au résultat : un effet positif pour les riches, un effet négatif pour les moins riches ; l’effet systémique de la décision n’a pas été pris en compte ; le discours a occulté la réalité ; le cadeau immédiat fait aux classes très aisées a manifesté la rupture d’avec la pensée d’antan, à savoir, y compris Chirac régnant, que les riches avaient le devoir de partager un peu.
Impéritie donc, machiavélisme aussi, sous couvert de pragmatisme

Travailler plus pour gagner plus

Le slogan est plaisant ; il a empli la campagne du candidat ; il confortait ceux qui pensaient que la France était un pays de faignants et de paresseux, de eremmistes nonchalants ; qu’il fallait donc remettre ce pays au travail ; que le problème du pouvoir d’achat dépendait du seul travail ; que ceux qui bénéficiaient de forts revenus le méritaient bien avec leurs dix-huit heures de travail par jour (y compris il est vrai le temps d’aller choisir sa robe chez Dior pour le repas de « travail » du soir, ou le trajet de Paris à Acapulco pour rencontrer un confrère venu de Brasilia, par exemple ; ou encore …). On a donc inventé de favoriser et pour cela défiscaliser les heures sup, tant pour l’employeur que pour l’employé : gagner plus et ne pas payer plus d’impôts ; tout cela se mérite..

Le résultat n’a guère été positif que pour ceux (entreprises et employés) qui se livraient au travail au noir, devenu ainsi légal sans incidences fiscales ; pour le reste, en période de chômage intense, il a limité le nombre de créations d’emplois, car dire que « le travail crée le travail » reste difficile à prouver sauf en période « glorieuse » ; surtout il a légitimé l’idée que le travail et le gain étaient étroitement corrélés, et que les riches étaient eux, les vrais travailleurs méritants (Arlette a dû apprécier) ; enfin il a limité les rentrées fiscales des finances publiques.

C’est un cas manifeste d’impéritie, avec un soupçon de machiavélisme.


Les questions d’éducation

Le ministre Xavier Darcos était un homme du sérail : agrégé de lettres, il a fait carrière dans l’inspection régionale puis générale, a été directeur de cabinet de François Bayrou, alors en poste rue de Grenelle, avant d’être nommé ministre. Mais en éducation, l’expérience montre que les « meilleurs » ministres n’étaient point du sérail : on peut nommer Guichard, Beullac, Savary et même Robien. En ce sens on peut penser que Luc Chatel, ancien DRH chez l’Oréal, pourrait ne pas être un mauvais choix …En tout cas ne connaissant rien au secteur dont il a la charge, il pourrait, s’il savait bien s’entourer et s’affranchir des ordres venus de l’Elysée, écouter des conseils avisés.

Darcos a pris un certain nombre de mesures, inspirées soit de la doctrine présidentielle, soit de la pression des syndicats, soit de son aversion personnelle pour la pédagogie.

La question de la sectorisation (dite carte scolaire)

Doctrine présidentielle : c’est le principe libéral qui s’impose : chaque élève (chaque parent) peut s’inscrire dans l’établissement de son choix. La raison en est qu’une vraie concurrence entre établissements ne peut qu’apporter les bienfaits d’une culture du résultat ; et aussi que cette disposition favoriserait la mixité sociale.

Ceci malgré les avis d’experts qui signalaient que dans la mesure où ni les locaux, ni les effectifs d’enseignants, n’étaient rapidement modulables, ce seraient en définitive les établissements qui choisiraient leurs élèves, et que par conséquent c’est la ségrégation et non la mixité sociale qui en résulterait. Le résultat fut celui prévu par les experts et qu’aujourd’hui les chefs d’établissement constatent et dénoncent.

Impéritie ? Ou plutôt obéissance aveugle aux idées du Président de la part d’un ministre qui avait su s’opposer à cette autre idée venue de l’Elysée, que chaque élève devrait parrainer un enfant de la Shoah, et à qui on avait certainement fait remarquer qu’une fois ça va, au-delà ….

La suppression des cours le samedi matin dans l’enseignement secondaire.

Il fallait atténuer la grogne des enseignants liée à la suppression massive de postes, en leur faisant un petit cadeau : la semaine de quatre jours ; aussi satisfaire les parents qui souhaitaient profiter d’un week-end complet ( à la neige, à la mer,à la campagne) avec leurs enfants. Ceci malgré tous les universitaires spécialistes des rythmes scolaires qui rappelaient que la surcharge horaire journalière qui en résulterait serait nuisible aux capacités d’attention et de travail des enfants. Malgré aussi les économistes de l’éducation qui calculaient que la France tiendrait ainsi le record du plus petit nombre de jours de cours dans l’année et le plus grand nombre d’heure de cours par jour.

Un rapport de la pourtant très prudente inspection générale de l’éducation nationale confirme les prévisions des experts.

Pragmatisme donc, doublé d’impéritie.

La formation des enseignants

C’est un projet présidentiel : porter cette formation au niveau de bac + 5, c'est-à-dire celui du master. Darcos qui n’a plus droit à la désobéissance, s’aligne ; il y voit aussi l’opportunité dont il rêve depuis toujours, donner le coup de grâce à la pédagogie, au pédagogisme dit-il, et aux pédagogues universitaires ou praticiens, avec lesquels il a depuis le début de sa carrière d’enseignant, entretenu des relations conflictuelles ; en simplifiant, certes, sa doctrine pédagogique est celle de nos grands-parents : « Ecoutez et répétez ». Le moyen ? Supprimer les IUFM, création de la gauche jospinienne (oubliant qu’ils avaient été préfigurés par Beullac, sous Giscard …).

Oubliant aussi que les enseignants étaient déjà recrutés à Bac + 5 : licence : Bac + 3 ; un an ou deux de préparation au concours théorique : Bac + 4 ou 5 ; un an de formation en IUFM : Bac + 5 ou 6.

Le résultat est un cafouillage sans précédent ; les décrets ont été publiés, mais les universités (qui sont des établissements publics autonomes) ne sont pas encore prêtes pour préparer ces masters ; et ici et là on s’inquiète – y compris chez ceux qui, souvent avec raison, critiquaient les IUFM – de la perspective qui s’annonce de jeunes enseignants débarquant dans une école, un collège ou un lycée, sans autre formation que la connaissance universitaire de la matière qu’ils sont appelés à enseigner.

Impéritie, absolument ; réflexe idéologique aussi

La réforme territoriale

C’est dit-on le « chantier » du quinquennat.
Où en est-on ? Après le rapport Attali : pour alléger une administration devenue une vraie tout de Babel, avec ses multiples étages et ses difficultés d’harmonisation et de communication, le rapporteur suggère de supprimer les Conseils généraux ; puis après la grogne consécutive des élus qui, cumul des mandats aidant, sont souvent députés et conseillers généraux, voire présidents, on tranche en supprimant les conseillers généraux, mais pas les conseils généraux ; on crée des conseillers territoriaux qui siègeront à la fois au conseil général (département) et au conseil régional (région).

Bien sûr les collectivités y gagneront quelques centaines de salaires en moins, mais l’esprit de réforme : alléger le mille-feuilles des instances territoriales, ne s’y retrouvera pas. Au contraire, on créera de fait une instance supplémentaire : l’instance territoriale qui viendra chapoter la régionale et la départementale : mille et une feuilles donc.

Le seul avantage pour le parti au pouvoir, c’est le nouveau découpage électoral qui lui est associé et qui pourrait bien nuire à la gauche, laquelle est majoritaire en régions et départements.

Il y a là du pragmatisme ( bien regrettable), celui qui consiste à ne pas être impopulaire auprès des élus de sa propre majorité et qui conduit à abandonner un projet bienvenu de simplification administrative; et du machiavélisme : tout ce chambardement inopérant ordonné à des impératifs électoraux.;


A la question que nous avions naguère posée, Sarkosy, style ou méthode, s’ajoute donc aujourd’hui celle de la compétence réelle de nos gouvernants, des motivations qui les conduisent aux décisions, et de leur soumission inconditionnelle aux idées d’un seul.
Le peuple italien disait, enthousiaste, « Mussolini ha sempre ragione » ; Nadine Morano aujourd’hui à 13 heures sur la 2, plusieurs fois répéta : « Je crois en Nicolas Sarkosy »

Pragmatisme, oui ; machiavélisme, peut-être ; impéritie, hélas ; dévotion à coup sûr.

















dimanche 26 juillet 2009

Sérendipité

Qui a inventé les bêtises de Cambrai ? Bêtise, fort justement ; c’est un apprenti confiseur qui fit un jour, en 1830, cette bourde qui produisit par la suite le régal des gourmets et la réputation de la ville. Mais il n’est pas le seul à avoir fait de tels écarts au protocole : nombre de découvertes, parmi les plus fondamentales, ont été le fruit de l’écart, du hasard, de l’imprévu, de l’aléatoire ; ainsi de la pénicilline, des rayons X, de la découverte de l’Amérique (ce brave Christophe avait fait une sacrée erreur de sextant), de la plupart des antibiotiques et même du Viagra.


On peut aussi penser que l’invention de la roue, comme de l’écriture, n’est pas sortie d’un bureau d’études ou d’une planche à calculer ; et que lorsque Archimède a crié Eureka ! il cherchait hors des sacrosaints canons de la scientificité. Ce phénomène porte un nom, la sérendipité ; ne cherchez pas une étymologie grecque ou latine, ça vient tout bonnement des Contes des Princes de Sérendip (Ceylan en persan), spécialistes en la matière.

Or nous vivons aujourd’hui une période d’incertitudes, tant sur les plans social qu’économique ou même technique ; et toute « vérité » scientifique a comme nécessaire composante sa « falsificabilité » ; le doute cartésien refait vivement surface ; après l’époque des certitudes, initiée à la fin du XIX° siècle par le positivisme, ce que l’on appelle aujourd’hui le « postmodernisme » se nourrit de l’incertitude, de la pluralité, de la diversité

Paradoxalement, notre école et notre université, restent obnubilés par les programmes, les objectifs et plans de recherche, le pilotage, les évaluations, les rythmes, le nombre de publications … La fantaisie et l’imagination, le « délire » (délirer, étymologiquement c’est sortir du sillon) le temps que l’on perd à musarder (ce que Jacques Perriault a si heureusement nommé « Ecole buissonnière » n’y trouvent guère leur place.

Pourtant, un souffle d’air frais : des universitaires viennent d’accorder à la sérendipité une dizaine de jours de colloque sous l’égide du CNRS à Cerisy (source : Le Monde 26/27 juillet). Car on ne découvre pas toujours parce qu’on s’est fixé un objectif de recherche ; on n’apprend pas seulement ce qu’on s’est fixé comme programme d’apprendre, et cela mérite qu’on s’y attache quelque peu.

Je me souviens d’Alain Peyrefitte, ministre des universités en 1967, dire lors de l’inauguration d’un campus « on découvre beaucoup en regardant par-dessus le mur du voisin. » Un an plus tard, les murs, lui donnant raison, s’effondraient.

Laisser du champ, laisser galoper et même débrider ; prendre le temps de rêver, de méditer, d’ « estipuler » comme on dit en occitan, de sortir des ornières et sentiers battus, d’inventer et de fantasmer, voilà ce qui serait un beau programme pour l’Ecole et l’Université, quand aujourd’hui tout se passe comme si au plan éducatif et social, le projet politique relevait comme en informatique, du formatage. Formatez, formatez, il en restera toujours quelque chose.

Comme on est loin du principe d’Héraclite (VI° av JC.) : « Si tu n’espères pas l’inespéré, tu ne le trouveras pas ». Vous avez cherché « Sérendipité » dans un dictionnaire ? Ajoutez-le, comme je viens de le faire, à votre glossaire personnel.

lundi 22 juin 2009

Sarkosy, style ou méthode ? ( texte recomposé et augmenté)

La gouvernance sarkosienne, manifestement, déroute par son caractère inhabituel ; elle déroute l’opposition, mais aussi la majorité qui a parfois du mal à suivre, à comprendre même tant les initiatives du Président sont nombreuses et inattendues ; elle déroute aussi l’opinion qui à défaut de repères sur la route suivie, se réfugie pour partie dans le refus radical, soit dans le suivisme inconditionnel, mais tout aussi conditionné que ne l’était celui des moutons de Panurge.

Toutefois, cela tient-il au style, ou à la méthode ? Le style, ce serait une manière d’être, voire de paraître, de s’afficher, de définir son identité ; la méthode ce serait un ou des principes de cheminement – stratégique – reconnaissables dans les voies empruntées pour aller d’un point à un autre [ ’ailleurs méthode, c’est meta (à travers) et odos (voie) ], c'est-à-dire pour conduire la réforme.

Le style d’abord : notre Président aime se montrer et paraître ; spontané ou délibéré, son style retient l’attention ; le bling-bling certes, mais plus généralement, un art de s’offrir à notre curiosité dans un mouvement incessant, à l’image de notre société du spectacle. C’est avant tout un homme spectaculaire : où qu’il aille, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, il vient sur scène, jouant tantôt de la Commedia dell’arte, tantôt du tragique, tantôt du vaudeville, tantôt du drame composé ; il est alors Scaramouche, Britannicus, Monsieur Montaudouin, Ruy Blas ; à lui seul il est la Comédie humaine, dont les actes sont quotidiennement mis en scène.

Toutefois derrière ces personnages apparemment très différents (entre le « Casse-toi pov’con », le « Angela je t’aime », le « Avec Carla c’est du sérieux », le « Le capitalisme marche sur la tête » et « Il faut en finir avec les patrons voyous » … on notera de grands écarts en matière de niveaux de langue, tout comme de références situationnelles) existe-t-il un personnage critique englobant ses différentes manifestations ?

C’est certain, en tout cas probable ; l’individu Sarkosy, pour divers qu’il soit, n’en est pas moins un. Sa manière, sa façon d’écrire son personnage (son style donc), trouvent leur dénominateur commun dans le désir de plaire au plus grand nombre, à ces Français dont le style précisément est celui du « café du commerce », des petites histoires à dire chaque jour autour d’un pot, à se moquer des uns ou des autres, à se complaire dans des évidences ou des apparences, à se gausser de ceux qui pratiquent la masturbation intellectuelle, à se pâmer devant les gogos pleins de sous, de belles voitures, de jolies femmes et de villas en Corse.

Là, il faut reconnaître à notre Président un certain génie ; car dans ce style, il excelle, et semble-t-il le plus naturellement du monde ; comme d’ailleurs son prédécesseur lançait spontanément des « abracadabrentesques » ou des « une affaire qui fait pschitt ». C’est que la veine populiste l’inspire et qu’il est plus enclin à parler peuple qu’à s’exprimer comme Marie-Madeleine de La Fayette. Dans ce domaine, s’il y a rupture c’est plus avec François Mitterrand qu’avec Jacques Chirac, lequel comme on sait aimait fréquenter le « cul des vaches ».

Incontestablement, Nicolas Sarkosy, a un style ; même si ce n’est pas un grand style, ou du style tout court. Sa manière de se présenter et de se faire voir ou entendre n’a rien en commun avec celle de tous ses prédécesseurs de la V° République ; il faudrait probablement chercher hors de nos frontières, dans la Gaule cisalpine peut-être, chez un Mussolini ou un Berlusconi, de semblables manières de traiter l’apparence.

La méthode maintenant

La méthode, comme le style, a fait l’objet, dans notre histoire, d’éminentes études et de traités remarquables Citons seulement Le Discours de la Méthode de René Descartes (1633) et La Méthode d’Edgar Morin (6 vol. 1977-2008 ). Mais aussi, dans les années 70, se sont développés, dans le courant plus général de la cybernétique (littéralement : art de tenir le gouvernail, de gouverner) des travaux plus pragmatiques, comme les programmes PERT, le procédé des « chemins critiques », rendant à optimiser les procédures de décision et de mise en œuvre et d’évaluation de programmes.

PERT : Program Evaluation and Review Technic (Technique d’ordonnancement des tâches et contrôle de programme)

Globalement, on a distingué deux grands types de méthodes : les méthodes algorithmiques et les méthodes heuristiques.

Algorithmiques sont celles qui se définissent par une démarche de réussite, et qui permettent de parvenir à coup sûr à la résolution d’un problème ; l’exemple le plus simple est celui de la règle de multiplication : si on applique la règle on est sûr de ne pas se tromper ; heuristiques sont celles qui impliquent une part d’incertitude, un tâtonnement (pensons au fameux Euréka ! d’Archimède), une navigation à vue en quelque sorte ; l’exemple le plus couramment cité est celle du jeu d’échecs : aucune règle ne permet de gagner à coup sûr, car le joueur doit tenir compte, outre les procédures connues (coup du berger, par exemple), de paramètres variables et peu prévisibles liés à la stratégie propre de l’adversaire.

Les méthodes algorithmiques peuvent se dérouler dans le temps, les méthodes heuristiques se déroulent dans l’instant ; à la guerre comme aux échecs, le bon stratège est celui qui réagit vite et en même temps déroute l’adversaire en contredisant les prévisions qu’il a pu établir.

L’art de gouverner, on le voit, tient beaucoup plus de l’heuristique que de l’algorithmique ; tant au plan national qu’international.

Cependant, lorsqu’on peut relever des constantes dans les approches, alors on peut penser qu’il peut s’agir de la mise en œuvre d’un algorithme.

Nicolas Sarkosy, en l’occurrence, ne déroge pas à la pratique de tous les chefs d’Etat ; deux principes gouvernent leurs actions : diviser l’adversaire, triompher en cédant.

Diviser l’adversaire : cela semble bien la grande affaire du quinquennat. L’antisarkosysme dominant, y compris dans ses troupes, est inopérant devant une opposition divisée. Le cas des récentes élections au parlement européen en est un bon exemple : si l’opposition avait été unie, il aurait dû accuser une défaite écrasante. Mais comme il n’a eu de cesse de prendre des mesures ordonnées à déstabiliser et à diviser l’adversaire : débauchage, ouverture à gauche, ouverture au centre, procès d’intention, affirmations apparemment fondées mais en réalité mensongères, jeu de séduction envers les uns, de dénigrement envers les autres … alors en face de lui il ne rencontre que cacophonie et déchirements ; La Zizanie, de Goscinny et Uderzo en serait une assez bonne allégorie. Simultanément, il faut bien sûr tenir ses troupes, les fédérer, interdire toute forme de schisme.

A cela sont préposés deux des premiers couteaux du Président à l’UMP : Frédéric Lefebvre, porte-parole et Xavier Bertrand, secrétaire général. L’un spécialisé dans la polémique, l’autre dans la bonhomie.

Triompher en cédant : vieille procédure de la droite ; le principe en est le suivant : pour faire un pas en avant on en déclare deux ; la polémique, parfois virulente s’installe ; les flèches partent de tout côté ; tous les coups sont permis ; alors le gouvernement cède, il recule d’un pas ; l’opposition crie victoire ; c’est le Président qui a gagné ; même s’il fait semblant d’avoir perdu ; la fièvre tombe, on oublie tout, d’autant plus que la mobilisation se polarise sur un autre chantier. C’est ce qui est en œuvre dans les réformes Formation des enseignants, Réforme du lycée, Autonomie des Universités, Hôpital, loi Hadopi, travail du dimanche …
C’est une procédure risquée ; mais lorsqu’elle est conduite de façon systémique, et accompagnée de l’ouverture simultanée de plusieurs fronts, elle fonctionne assez bien.

Toutefois ces deux principes s’appliquent essentiellement à la vie politique formelle, celle qui relève des rapports entre l’exécutif et le législatif, ou entre le gouvernement et les syndicats ; or le plus souvent un troisième larron s’invite dans les débats, c’est le peuple. Dès lors aucun algorithme, aucun programme de chemin critique, ne garantissent le résultat. Il faut passer à la navigation à vue, à la procédure heuristique. Pour l’avoir ignoré, Juppé qui a voulu « rester droit dans ses bottes » a dû démissionner et Villepin a connu un échec cuisant avec le CPE. En revanche Sarkosy est passé maître en la matière ; pour cela il adopte la technique du double langage.


Deux exemples :

au sujet de la laïcité, il affirme à la fois (dans son Discours de Latran notamment) son attachement aux religions et à leur poids moral et politique, et son attachement à la laïcité ; il rend un hommage public aux victimes du vol AF 447 dans un église et il tient discours sur les valeurs de la République et la laïcité positive ;

au sujet de la crise économique : il vitupère contre le capitalisme qui marche sur la tête et sur les banquiers, mais il valorise l’enrichissement, favorise par le bouclier fiscal les très hauts revenus et refuse tout véritable plan de relance fondé sur le pouvoir d’achat ; en même temps il distribue quelques miettes aux démunis : le principe de charité, contraire à celui d’égalité, et cher depuis toujours à l’Eglise, est de retour.

Pour en parler vulgairement, il appuie donc alternativement et parfois simultanément sur le frein et l’accélérateur.

Truismes et rompe l’œil

A défaut d’un grand projet de société, d’une vision éclairée du futur, d’une définition d’objectifs et d’une approche prospective, le Chef de l’Etat se complaît – et croit nous plaire – dans des truismes et des mesures en trope l’œil.

Il glane, à gauche, à droite, au centre, tout ce qui constitue l’immédiateté sensorielle de notre imaginaire politique : je n’augmenterai pas les impôts, je ne vais quand même pas vous prendre plus de 50% de ce que vous gagnez, je vais vous débarrasser de la racaille, moi, les victimes ont quand même plus de droits que les assassins, les prisons françaises c’est la honte de la République, le capitalisme marche sur la tête, j’ai bien le droit d’avoir des amis (richissimes), tout le monde sait bien qu’il y a trop de fonctionnaires, et y a qu’à mettre les chômeurs au travail, en travaillant plus ils gagneront plus, l’égalitarisme produit une inacceptable inégalité, la liberté est notre bien le plus précieux …

Il propose des mesures qui semblent de bon sens mais en réalité masquent ou contredisent les principes que par ailleurs il dit affirmer.
Parmi celles-ci, deux exemples.

La formation des enseignants ; il clame haut et fort qu’il faut avoir des enseignants mieux formés et mieux rémunérés ; applaudissons ! Cependant la décision de les recruter à Bac + 5 (après le Master) non seulement n’est qu’un faux semblant puisqu’ils sont déjà recrutés à Bac + 5, mais encore masque le vrai projet qui est d’économiser pour les nouveaux enseignants recrutés une année de stage rémunéré. Si l’on voulait mettre en avant le recrutement au niveau Master, il suffisait de décréter l’équivalence du CAPES et du Master.

Le fameux emprunt annoncé à Versailles le 22 juin : on manque d’argent, le déficit de l’Etat est abyssal, on ne veut pas augmenter les impôts (c'est-à-dire les impôts des plus riches), alors on fait appel à la générosité intéressée des Français : on a baissé le taux de rémunération du livret A, venez, venez prêter de l’argent à l’Etat, à un taux bien plus intéressant. Mais l’expérience (emprunts Giscard, Balladur) mongre que ce type d’emprunt, qu’il faut bien un jour rembourser, non seulement coûte très cher à l’Etat (10 fois plus pour le Giscard) mais constitue un véritable impôt pour après-demain ; et comme on ne veut pas revenir sur le Bouclier fiscal, alors ce seront les classes moyennes qui paieront.

La méthode ? Dissimuler une véritable indigence et un déficit d’imagination politique en flattant l’imaginaire des électeurs


Peut-on dans ces conditions parler de « méthode » ? Pour en revenir aux programmes PERT, il conviendrait pour cela de remplir plusieurs conditions :

- afficher clairement les objectifs
- définir les voies alternatives pour les atteindre
- établir un « chemin critique », c'est-à-dire un choix raisonné et optimisé des démarches et des moyens
- procéder à des évaluations, en cours de procédure et terminales, effectuées par des institutions indépendantes

Manifestement ces conditions ne sont pas remplies (pas plus d’ailleurs qu’elles ne l’ont guère été par les gouvernements précédents).


Pourtant une méthode de gouvernement, déclarée, affichée, évaluée, reste la condition du fonctionnement démocratique. La République a besoin de démocratie, sinon elle devient monarchique. Le style, en politique comme dans la grande couture, ce n’est que l’habillage ; nous y sommes tous sensibles ; l’élégance, lorsqu’elle y est, reste une vertu qui rapproche les hommes et leur permet de surmonter bien des désagréments ; mais le style sans méthode, ce n’est qu’oripeau et sépulcre blanchi.
Et que dire lorsque le style est ce qu’il est ?

vendredi 24 avril 2009

Le Très Haut au G 20

Il fit des pieds et des mains, mais rien n'y fit ; il reste cependant le Très Haut
Et sa main droite porte plus bas que la gauche d'Obama.
Heureusement qu'elle a des chaussures à talons plats ; sinon, imaginez ...

mardi 21 avril 2009

Diplomatie : "Coup de tête/coup d'éclat

En réaction à nos "Au jour le jour " de dimanche 19 et lundi 20 avril, nous recevons ce texte d'un fidèle lecteur, André Berruer. Nous avons le plaisir de le publier ici avec son autorisation.


Coup de tête et/ou coup d’éclat : tout cela me semble calculé et divise encore plus les mondes "occidentaux chrétiens » et « islamisants » : chacun y trouve son compte au plan de sa politique intérieure. Parler de manière critique d’Israël ou du monde musulman est considéré comme une insulte : la liberté de pensée et la liberté de la presse en prennent encore un coup.
On confond à plaisir les Etats et les religions qui les sous-tendent ; les religions entretiennent l’agressivité des Etats. L’Etat d’Israël entretient un racisme dynamique envers le monde musulman –et plus particulièrement génocidaire envers leurs voisins palestiniens-. L’Iran entretient le même racisme envers la diaspora juive. Un Etat religieux –donc visionnaire- ne peut être qu’extrémiste et rejeter l’autre qui ne peut détenir la vérité. Eternelle opposition entre le civil/laïc et le religieux…

En la circonstance, l’erreur de casting est que le Comité préparatoire de l’ONU de cette conférence ait été présidée par Kadhafi – un grand humaniste !- ce qui ridiculise l’Organisation et son très discret Secrétaire général (qui a pourtant la chance d’avoir comme adjoint Douste-Blazy...). Les Etats dits « démocrates » partent de la conférence plutôt que réagir car certains se sentent en « porte-à-faux face à Israël. Mais ils accompagnent le gouvernement des E-U, financièrement soutenu par la diaspora juive…

Encore une conférence inutile –ce n’est ni la première ni la dernière- et des millions envolés sans retombées positives.