samedi 30 janvier 2010

Au jour le jour / Samedi 30 janvier

Samedi 30 janvier : « Motus et bouche cousue », comme naguère aimait à dire Charles Pasqua ; c’est désormais la consigne élyséenne ; l’affaire, on n’en parle plus ; la doctrine est qu’on ne répondra aux provocations du vil adversaire qu’en répondant qu’on ne répondra pas. Alors la consigne aujourd’hui au congrès de l’UMP pour valider les listes régionales, cétait Unité ! Unité ! Unité !

Les médias eux aussi ont désormais tourné la page, l’événement après avoir atteint son apogée, se trouve maintenant sous le boisseau.

Mais, comme toujours le feu couve sous la cendre ; et même Carla, missionnée par on ne sait qui, n’a pu s’empêcher de souffler sur les braises, aujourd’hui sur RTL. " Comment ? Quel scandale ! Mêler le président à cette affaire qui est du domaine pénal, et non du domaine politique !" Et sur Le Monde de demain, Badinter rappelle que les prédéceseurs du souverain, s’ils ont parfois plaidé au civil, n’ont jamais saisi la justice au pénal.

Quant à lui, le chiraquien villepéniste Bruno Lemaire, nommé comme il se doit, au cul des vaches, ministre de l’agriculture, doit vivre un conflit cornélien ; servira-t-il Horace, ou Curiace ? Lui qui le 28 janvier (pas si loin, donc) déclarait : « Il n’y aura pas de problème à l’UMP dès que l’on aura rendu à Villepin la place qui lui revient ». Conclusion ...

On apprend simulanément que le procureur Marin n’aurait pas toujours eu avec le souverain les meilleures relations. Depuis deux ans cependant il a fait preuve du plus parfait sarkosysme. « Pas fiable » murmure-t-on cependant en haut lieu. D’ailleurs on ne lui a pas donné la place qu’il espérait tant pour sa fin de carrière : Procureur général de Paris. Il ne ferraillera donc pas avec l’ancien premier ministre lors du nouveau procès.

Dans ce jeu à cochon pendu, on voit qu’un train pourrait bien en cacher un autre, et que le « petit » procureur de Paris, dépité de ne pas avoir été promu général, pourrait bien par son acrimonie déstabiliser le prince régnant. Querelle mesquine, grands effets, comme dit le proverbe !

vendredi 29 janvier 2010

Au jour le jour / Vendredi 29 janvier


Vendredi 29 janvier : les champions sont de retour ; voici derechef Horace et Curiace sur la scène ; ah, Corneille que n’es-tu parmi nous pour conter en vers ce drame où aujourd’hui s’exhale le parfum de la politique souveraine. Hier apaisés, l’un effaçant toute rancœur et toute rancune, l’autre exprimant son respect pour une décision de justice ; aujourd’hui de nouveau brandissant le glaive de la haine et de la rivalité.

Car voici que ce matin, comme dans le roman et le film de Graham Greene, surgit un troisième homme, le procureur Marin, qui subtilement distinguant entre jugement et justice (« Un jugement a été rendu, mais la justice n’est pas encore totalement rendue »), ravive les braises encore vives du conflit.

Chacun y va de son interprétation : C’est le souverain obstiné et rancunier, qui loin d’avoir rangé son croc de boucher au grenier, le fourbit pour les mois à venir, clament les uns ! Absurde répondent les autres, le souverain a déclaré ne plus se porter partie civile, ce nouveau procès n’est plus le sien, ça ne le concerne plus, voir donc le procureur. Lequel comme on sait, rétorquent les premiers, est un affidé du souverain.

Mais il fallait voir l’air embarrassé dudit procureur ; au point qu’on pourrait bien se demander : « Pour qui Marin roule ? ». Car quelle que soit l’issue du nouveau procès, ça pourrait bien, de toute façon, tanguer pour le souverain.

jeudi 28 janvier 2010

Au jour le jour / jeudi 28 janvier

Jeudi 28 janvier : « Waterloo, Waterloo, morne plaine … ». On a tous récité ces vers de Victor Hugo dans notre enfance scolaire ; et aussi « Il attendait Grouchy, ce fut Blücher ». Ainsi, on s’en souvient, Wellington gagna la bataille et Napoléon l’exil, le 18 juin 1815.

Qu’attendait donc ce jour d’hui notre souverain, qui lui valut cette mine dépitée et sa sortie qui se voulut humoristique ? « Ah, vous êtes venu me dire Bon anniversaire ! Je reconnais bien vos bonnes intentions à mon égard ; merci, merci ! ; pour le reste de votre question, j’y répondrai quand je connaîtrai les attendus. »

Et voilà, comme naguère J.F. Kennedy, peut-être attendait-il qu’une star pulpeuse et de blanc vêtue vînt chanter de sa voix sensuelle : « Happy birthday to you, Mister President ! » Hélas non, ce qui lui apparut, ce ne fut pas Marilyn, mais le spectre de Villepin ; non pas pendu à un croc de boucher, mais relaxé par le tribunal, malgré les réquisitions du parquet, c'est-à-dire de MAM, c'est-à-dire de l’Elysée.

28 janvier, morne date ! Certes on fait courir le bruit que la « main ouverte » de Villepin pourrait se traduire par une réconciliation-exil, comme en bénéficia DSK ; mais non, le pendu dépendu a fait ce soir sonner sa différence, son amitié avec Chirac et Juppé, bref sa détermination à servir la France autrement ; la main ouverte pourrait bien porter une gifle.

Le souverain, obnubilé par la maxime « La fortune sourit aux audacieux » avait peut-être oublié celle de La Fontaine : « Tel est pris qui croyait pendre. ». Pardon, chacun aura corrigé, « qui croyait prendre ».

mercredi 27 janvier 2010

Au jour le jour / mercredi 27 janvier


Mercredi 27 janvier : sincèrement il est très fort, ou alors il a une batterie de sosies : avant-hier à tutoyer la France des clochers dans un studio type « café du commerce », aujourd’hui à prononcer le discours d’ouverture à Davos où le voilà tutoyant les chefs d’Etat les plus riches et les plus puissants de ce monde.

Ou alors … Ou alors quoi ? Et bien quelque chose comme le héros du Mythe de Sisyphe, qui va roulant son rocher en haut d’une montagne et aussitôt le regarde dévaler pour recommencer.

Ah bon ! Oui, une fureur obessionnelle et compulsive à rechercher toujours la même chose, tout en étant sûr de ne jamais la trouver, la certitude de la raison qu’il a de toute chose. Il y a chez le souverain quelque chose du maître d’école, du hussard, du combattant, du croisé.

Peu importe que les faits et les hommes lui donnent tort ; il y croit. Ici c’est la valeur suprême du travail comme source de richesse et de bonheur ; là c’est la sauvegarde du capitalisme mondial et le nécessaire effort de moralisation qui permettra d’y parvenir.

« Je vous comprends, Martine et Samir ! » dit-il aux déshérités, comme hier De Gaulle aux pieds-noirs d’Alger ; et aux puissants : « Un peu de morale, Messieurs, c’est dans votre intérêt ! ».

La fureur de Sisyphe était absurde ; mais disait Camus, « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Sisyphe ? D’accord, c’est son problème. Mais nous, ballottés et roulés sans cesse, nous aimerions bien souffler un peu en haut.

mardi 26 janvier 2010

Au jour le jour / 26 janvier

Le problème technique hier signalé n'a pas pu être résolu ; les experts ont séché ; désormais, textes et billets se trouveront dans une rubrique unique. Et pour comble, à la suite d'une experte manipulation, les textes antéreurs de Au jour le jour ont été effacés.
Patience ! L'essentiel est au jour le jour.
Toutefois les textes écrits quotidiennement depuis le 30 mars 2008 sont disponibles, à votre demande à laborderie.laronde@wanadoo.fr
Mardi 26 janvier : "Parole de Président, parole d’argent", dit le proverbe ; et d’ailleurs il y en a qui aussitôt demandent à être payés comptant. Il en a parlé hier, on en reparle aujourd’hui, et assurément dans les ministères concernés, notamment celui de la fonction publique, on en parlera encore demain, et même plus.

Car, tel Mandrake, roi de la magie, le souverain a tenu simultanément ou presque deux propos apparemment inconciliables ; tout d’abord : « il faut moins de fonctionnaires, mieux payés », ensuite, répondant à Samir, prof. Contractuel d’économie et gestion dans un lycée professionnel de Gagny, « c’est anormal, je vais titulariser les contractuels de la fonction publique » ; et ça, d’un coup ça fait un demi-million de fonctionnaires de plus, car titulariser, dans la fonction publique, c’est fonctionnariser. En outre comme depuis un certain temps, on a pris le parti de recruter des contractuels, c’est un radical changement de politique.

Pourtant, sa diatribe contre le nombre de fonctionanires semblait cohérente avec sa saillie contre les concours « tous les enfants ne sont pas faits pour être des bêtes à concours ; moi-même d’ailleurs … ». Or comment peut-on rentrer dans la fonction publique ? De deux façons : par concours, ou par contrat. Manifestement la doctrine devenait : désormais on y rentrera par contrat, précaire bien sûr. Patatras ! Tout s’effondre et la doctrine à vau-l’eau !

Alors « argent comptant ! » exigent les syndicats qui, avec persévérance mais sans espoir, demandaient cette titularisation, et se voyaient opposer par les ministres concernés un refus catégorique.

Et il y en a dans l’entourage présidentiel qui ont dû entendre siffler leurs oreilles. Comment, une question qui n’avait pas été prévue ? Et le souverain, n’écoutant que son bon cœur, qui répond n’importe quoi ? Assurément il y a là quelques contractuels qui vont devoir attendre pour être titularisés.

lundi 25 janvier 2010

Au jour le jour / 25 janvier

Pour des raisons techniques, que je ne parviens pas à gérer, la rubrique Au Jour le Jour est provisoirement éditée dans l'emplacement TEXTES


Lundi 25 janvier : le quizz du jour : Qui a dit ?

Je veux instaurer la préférence communautaire.
C’est pas possible qu’on continue comme ça.
Je vais titulariser tous les contractuels.
Haro sur les concours ! (Exactement : La France a la maladie des concours)
Peu importent les statistiques, la vérité est là.
L’euro a entraîné un renchérissement de la vie.
C’est un petit problème, mais c’est un vrai scandale.
C’est pas possible de l’accepter.
Les 35 heures ? Une catastrophe économique et sociale.
Il est inadmissible qu’on vende en France des voitures françaises fabriquées à l’étranger. (Ouf ! je viens d’acheter une Renault fabriquée en Dacie, j’ai eu le nez creux !)
Il faut libérer les forces de travail de notre pays.
Moi, j’ai l’accumulation de tous les dossiers.

Qui a dit tout cela, et bien plus encore ?

Qui n’a dit ni « Justice », ni « Egalité », ni « Equité » ?

Enfin qui a dit « Je » ou « Moi je » plus de 200 fois en 70 minutes ?

Erreur de ma part, je n’aurais pas dû poser cette dernière question ; là je sens que vous brûlez. Heureusement que je n’ai pas mis ma Dacia en jeu, je n’aurais pas pu m’en acheter une autre.

dimanche 20 septembre 2009

Pragmatisme, machiavélisme, impéritie

Le pragmatisme, de nombreux gouvernants s’y réfèrent ; ce serait le contraire de la soumission à une idéologie, le refus de la « pensée unique », l’adaptation aux circonstances, en somme l’art de prendre de bonnes décisions au bon moment, comme le paysan se conforme à la pluie et au beau temps.

Le machiavélisme, ce sont les analystes qui le décèlent ; rarement les gouvernants le revendiquent, car il a mauvaise presse ; c’est non seulement le principe, affirmé par Machiavel au XVI° siècle, que la fin justifie les moyens, mais surtout l’adoption de la rouerie comme principe de gouvernement. Toute personne machiavélique se défend de l’être.

L’impéritie appartient à un tout autre domaine, celui de la compétence ou de l’expertise ; plus exactement encore, il s’agit du manque d’expérience, moins pas dans le sens de ne pas connaître le sujet, que dans celui de ne pas savoir (ou vouloir) en appréhender la complexité et surtout la dimension systémique ; par systémique nous entendons que tout phénomène s’inscrit dans un réseau d’interactions à la fois synchroniques (qui se situent dans le même temps) et diachroniques (qui se situent dans la durée).


Nous nous proposons d’examiner plusieurs décisions prises par le gouvernent (i.e. le Président, car il les avait annoncées dans son « programme »), à l’aune de ces trois critères.
Dans le domaine économique : le bouclier fiscal, puis l’application du principe « Travailler plus pour gagner plus ».
Dans le domaine de l’éducation, la question de la sectorisation (carte scolaire) et la suppression des cours le samedi matin, puis la foration des maîtres.
Dans le domaine de l’organisation territoriale, la réforme en cours concernant les conseils régionaux ou généraux
.


Le bouclier fiscal.

Son principe est double : 1°) Le Président a été élu pour baisser les impôts, non pour les augmenter, personne donc ne doit payer en prélèvements obligatoires plus de la moitié de ce qu’il gagne. 2°) Il est de l’intérêt de tous (recettes fiscales, emploi …) d’éviter l’évasion fiscale et l’implantation de sièges sociaux d’entreprises dans des où la pression fiscale est moindre, ou nulle. En instaurant donc le bouclier fiscal, on fait donc coup double.

Le coup en réalité est parti dans plusieurs directions, mais, tout d’abord il n’a guère produit d’effet en matière d’évasion fiscale, puisque le discours obstinément démagogique du Président sur les paradis fiscaux et la limitation des bonus bancaires, tout comme la liste des 3.000 du ministre du budget, qui cacheraient des avoirs clandestins dans des banques suisses, ainsi que les fermetures et les délocalisations d’entreprises, montrent bien que ledit bouclier n’a guère eu d’effet sur l’évasion fiscale et sur le maintien des entreprises en l’hexagone.

Quant à « baisser les impôts », on n’a pu faire croire à personne que la barre des 50% pouvait concerner les classes défavorisées et même les classes moyennes supérieures. Cette mesure a été en revanche perçue comme un cadeau fait aux personnes les plus favorisés et aux grosses fortunes, qui du même coup, ne paient plus l’impôt sur la fortune.

Comme en revanche elle a diminué le montant des rentrées fiscales, le Premier ministre, puis le Président ont pu ainsi dire que les « caisses étaient vides », qu’il fallait augmenter le forfait hospitalier, ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux, augmenter les charges et en même temps diminuer le budget des collectivités territoriales.

Au résultat : un effet positif pour les riches, un effet négatif pour les moins riches ; l’effet systémique de la décision n’a pas été pris en compte ; le discours a occulté la réalité ; le cadeau immédiat fait aux classes très aisées a manifesté la rupture d’avec la pensée d’antan, à savoir, y compris Chirac régnant, que les riches avaient le devoir de partager un peu.
Impéritie donc, machiavélisme aussi, sous couvert de pragmatisme

Travailler plus pour gagner plus

Le slogan est plaisant ; il a empli la campagne du candidat ; il confortait ceux qui pensaient que la France était un pays de faignants et de paresseux, de eremmistes nonchalants ; qu’il fallait donc remettre ce pays au travail ; que le problème du pouvoir d’achat dépendait du seul travail ; que ceux qui bénéficiaient de forts revenus le méritaient bien avec leurs dix-huit heures de travail par jour (y compris il est vrai le temps d’aller choisir sa robe chez Dior pour le repas de « travail » du soir, ou le trajet de Paris à Acapulco pour rencontrer un confrère venu de Brasilia, par exemple ; ou encore …). On a donc inventé de favoriser et pour cela défiscaliser les heures sup, tant pour l’employeur que pour l’employé : gagner plus et ne pas payer plus d’impôts ; tout cela se mérite..

Le résultat n’a guère été positif que pour ceux (entreprises et employés) qui se livraient au travail au noir, devenu ainsi légal sans incidences fiscales ; pour le reste, en période de chômage intense, il a limité le nombre de créations d’emplois, car dire que « le travail crée le travail » reste difficile à prouver sauf en période « glorieuse » ; surtout il a légitimé l’idée que le travail et le gain étaient étroitement corrélés, et que les riches étaient eux, les vrais travailleurs méritants (Arlette a dû apprécier) ; enfin il a limité les rentrées fiscales des finances publiques.

C’est un cas manifeste d’impéritie, avec un soupçon de machiavélisme.


Les questions d’éducation

Le ministre Xavier Darcos était un homme du sérail : agrégé de lettres, il a fait carrière dans l’inspection régionale puis générale, a été directeur de cabinet de François Bayrou, alors en poste rue de Grenelle, avant d’être nommé ministre. Mais en éducation, l’expérience montre que les « meilleurs » ministres n’étaient point du sérail : on peut nommer Guichard, Beullac, Savary et même Robien. En ce sens on peut penser que Luc Chatel, ancien DRH chez l’Oréal, pourrait ne pas être un mauvais choix …En tout cas ne connaissant rien au secteur dont il a la charge, il pourrait, s’il savait bien s’entourer et s’affranchir des ordres venus de l’Elysée, écouter des conseils avisés.

Darcos a pris un certain nombre de mesures, inspirées soit de la doctrine présidentielle, soit de la pression des syndicats, soit de son aversion personnelle pour la pédagogie.

La question de la sectorisation (dite carte scolaire)

Doctrine présidentielle : c’est le principe libéral qui s’impose : chaque élève (chaque parent) peut s’inscrire dans l’établissement de son choix. La raison en est qu’une vraie concurrence entre établissements ne peut qu’apporter les bienfaits d’une culture du résultat ; et aussi que cette disposition favoriserait la mixité sociale.

Ceci malgré les avis d’experts qui signalaient que dans la mesure où ni les locaux, ni les effectifs d’enseignants, n’étaient rapidement modulables, ce seraient en définitive les établissements qui choisiraient leurs élèves, et que par conséquent c’est la ségrégation et non la mixité sociale qui en résulterait. Le résultat fut celui prévu par les experts et qu’aujourd’hui les chefs d’établissement constatent et dénoncent.

Impéritie ? Ou plutôt obéissance aveugle aux idées du Président de la part d’un ministre qui avait su s’opposer à cette autre idée venue de l’Elysée, que chaque élève devrait parrainer un enfant de la Shoah, et à qui on avait certainement fait remarquer qu’une fois ça va, au-delà ….

La suppression des cours le samedi matin dans l’enseignement secondaire.

Il fallait atténuer la grogne des enseignants liée à la suppression massive de postes, en leur faisant un petit cadeau : la semaine de quatre jours ; aussi satisfaire les parents qui souhaitaient profiter d’un week-end complet ( à la neige, à la mer,à la campagne) avec leurs enfants. Ceci malgré tous les universitaires spécialistes des rythmes scolaires qui rappelaient que la surcharge horaire journalière qui en résulterait serait nuisible aux capacités d’attention et de travail des enfants. Malgré aussi les économistes de l’éducation qui calculaient que la France tiendrait ainsi le record du plus petit nombre de jours de cours dans l’année et le plus grand nombre d’heure de cours par jour.

Un rapport de la pourtant très prudente inspection générale de l’éducation nationale confirme les prévisions des experts.

Pragmatisme donc, doublé d’impéritie.

La formation des enseignants

C’est un projet présidentiel : porter cette formation au niveau de bac + 5, c'est-à-dire celui du master. Darcos qui n’a plus droit à la désobéissance, s’aligne ; il y voit aussi l’opportunité dont il rêve depuis toujours, donner le coup de grâce à la pédagogie, au pédagogisme dit-il, et aux pédagogues universitaires ou praticiens, avec lesquels il a depuis le début de sa carrière d’enseignant, entretenu des relations conflictuelles ; en simplifiant, certes, sa doctrine pédagogique est celle de nos grands-parents : « Ecoutez et répétez ». Le moyen ? Supprimer les IUFM, création de la gauche jospinienne (oubliant qu’ils avaient été préfigurés par Beullac, sous Giscard …).

Oubliant aussi que les enseignants étaient déjà recrutés à Bac + 5 : licence : Bac + 3 ; un an ou deux de préparation au concours théorique : Bac + 4 ou 5 ; un an de formation en IUFM : Bac + 5 ou 6.

Le résultat est un cafouillage sans précédent ; les décrets ont été publiés, mais les universités (qui sont des établissements publics autonomes) ne sont pas encore prêtes pour préparer ces masters ; et ici et là on s’inquiète – y compris chez ceux qui, souvent avec raison, critiquaient les IUFM – de la perspective qui s’annonce de jeunes enseignants débarquant dans une école, un collège ou un lycée, sans autre formation que la connaissance universitaire de la matière qu’ils sont appelés à enseigner.

Impéritie, absolument ; réflexe idéologique aussi

La réforme territoriale

C’est dit-on le « chantier » du quinquennat.
Où en est-on ? Après le rapport Attali : pour alléger une administration devenue une vraie tout de Babel, avec ses multiples étages et ses difficultés d’harmonisation et de communication, le rapporteur suggère de supprimer les Conseils généraux ; puis après la grogne consécutive des élus qui, cumul des mandats aidant, sont souvent députés et conseillers généraux, voire présidents, on tranche en supprimant les conseillers généraux, mais pas les conseils généraux ; on crée des conseillers territoriaux qui siègeront à la fois au conseil général (département) et au conseil régional (région).

Bien sûr les collectivités y gagneront quelques centaines de salaires en moins, mais l’esprit de réforme : alléger le mille-feuilles des instances territoriales, ne s’y retrouvera pas. Au contraire, on créera de fait une instance supplémentaire : l’instance territoriale qui viendra chapoter la régionale et la départementale : mille et une feuilles donc.

Le seul avantage pour le parti au pouvoir, c’est le nouveau découpage électoral qui lui est associé et qui pourrait bien nuire à la gauche, laquelle est majoritaire en régions et départements.

Il y a là du pragmatisme ( bien regrettable), celui qui consiste à ne pas être impopulaire auprès des élus de sa propre majorité et qui conduit à abandonner un projet bienvenu de simplification administrative; et du machiavélisme : tout ce chambardement inopérant ordonné à des impératifs électoraux.;


A la question que nous avions naguère posée, Sarkosy, style ou méthode, s’ajoute donc aujourd’hui celle de la compétence réelle de nos gouvernants, des motivations qui les conduisent aux décisions, et de leur soumission inconditionnelle aux idées d’un seul.
Le peuple italien disait, enthousiaste, « Mussolini ha sempre ragione » ; Nadine Morano aujourd’hui à 13 heures sur la 2, plusieurs fois répéta : « Je crois en Nicolas Sarkosy »

Pragmatisme, oui ; machiavélisme, peut-être ; impéritie, hélas ; dévotion à coup sûr.