dimanche 28 février 2010

Au jour le jour/ Dimanche 28 février / Le pénitentiaire et le carcéral

Dimanche 28 février : qu’est-ce qu’on peut bien faire en prison quand on en a pris pour six ans ? Je ne parle pas des locataires du quartier VIP de la prison de la Santé, comme par exemple Yvan Colonna, Jacques Mesrine, Jean-Christophe Mitterrand, Bernard Tapie ou Jérôme Kerviel, qui bénéficient du gîte et du couvert dans des cellules doubles avec salles de réunion, douches, télé, bibliothèque … ; pas le luxe certes, mais rien à voir avec les réduits sordides, malodorants, mal fréquentés, des prisons où sont entassés des condamnés ordinaires, ceux qui n’ont pas détourné des millions voire des milliards, mais ont volé une voiture, ou cassé la vitrine d’un joaillier ou détroussé un passant ; des mauvais sujets, certes, mais pas de grand chemin. Qu’est ce qu’ils font donc ceux-là ?

Un prophète, le film de Jacques Audiard, récompensé hier par neuf Césars, en 156 minutes, nous en donne l’essentiel. On y apprend à gérer des activités professionnelles (par exemple utiliser une machine à coudre) ; on y apprend à lire, à écrire et à compter ; on y apprend des langues étrangères (par exemple le corse) ; on y apprend aussi l’humiliation quotidienne, la dure loi du milieu, la soumission aux caïds, la façon de rosser le rival, d’assouvir vengeance et même de tuer ; on y apprend à devenir soi-même un caïd et, peine purgée, à passer de petit délinquant à membre influent du grand banditisme. Bien sûr ceci n’est valable que pour les meilleurs ; les autres resteront de minables délinquants, récidivistes potentiels, voire multirécidivistes chevronnés comme aime à les dénoncer calomnieusement un certain Delattre.

MAM n’en a pas parlé, mais elle a dû voir le film dans la salle de projection privée de son ministère. Jusqu’à présent elle n’a rien dit ; elle hésite ; ou bien elle attaque en justice Jacques Audiard pour discours calomnieux sur les prisons ; ou bien elle écrit un article d’une page dans un grand journal quotidien, pour y faire l’éloge des prisons françaises, en dépit des admonestations que l’Europe a adressées à la France eu égard aux conditions inhumaines de détention ; ou encore elle lance un grand débat national sur la situation pénitentiaire (Besson, le spécialiste des grands débats pourrait l’y aider, et Rachida candidate au remplacement dudit traître incompétent, en être maître d’œuvre) .

Car améliorer les conditions de détention ne constitue que la face visible de la question ; laquelle en vérité va bien au-delà de la privation de liberté ; elle concerne à la fois la conception et la pratique de la pénitence : que faire d’un délinquant ? Le plus simple certes est de l’opprimer et de l’enfermer ; mais est-ce le plus juste et le plus efficace ? Car le plus difficile, on le voit, est encore de le libérer.

Je suggère donc au souverain, toujours sensible aux droits de l’homme et aux questions sociales, de mettre un terme au foireux débat sur l’identité nationale et d’ouvrir, afin d’illuminer la fin de son quinquennat, celui de l’identité pénitentiaire. Je suis sûr que Charles, Alain , Jacques, JeanChristophe et quelques autres seraient d’accord.

samedi 27 février 2010

Au jour le jour/ Samedi 27 février / Vive le cinéma !

Samedi 27 février : Georges Clooney, vous savez, le représentant en machines à café, après avoir cédé à la magie du Lac de Côme où il s’était acheté une villa somptueuse, eh bien, il déchante : trop de monde ; alors il vend et voudrait acquérir une résidence en un lieu plus tranquille ; moi je peux lui conseiller quelque château en Gironde au milieu des vignes, ou quelque presbytère en Quercy parmi les chênes rabougris du Causse et l’envoûtant parfum des truffes. En Quercy ce serait pas mal, il y trouverait de quoi satisfaire son passe-temps favori ; près des mânes de Louis Malle, il pourrait fréquenter ses confrères Jean-Pierre Darroussin et Josiane Balasko qui tournent actuellement Holiday, le film de Guillaume Nicloux.

Bon, au vu de sa réputation, on pourrait lui proposer un contrat de faveur ; pour cette œuvre cinématographique, un figurant perçoit un cachet royal de 96,22 € par jour ; il n’a pas grand-chose à faire il est vrai : traverser une place devant la gare SNCF en portant une valise à la main, s’installer dans un wagon à côté de Jean-Pierre Darroussin et papoter avec sa voisine. Darroussin, lui a un rôle un peu plus compliqué : il doit traverser un passage piéton devant la gare ; si compliqué que pour ce plan qui dure huit secondes, dix prises de vue successives ont été nécessaires. On comprend donc que son cachet soit légèrement plus élevé. (Source La Dépêche du Midi, 27 février)

Il n’atteint peut-être pas cependant celui des hauts responsables de notre vie culturelle, par exemple Jean Dujardin qui (toujours la même source) est payé deux millions d’€ par film, Dany Boon, 2 millions et demi, et Sophie Marceau 765.000 € seulement, discrimination sexiste oblige.

Il faudra certainement que Georges Clooney vende beaucoup, beaucoup de machines à café pour atteindre ce niveau de rémunération ; mais qu’il se rassure, on peut acquérir un château ou un presbytère pour moins cher.

vendredi 26 février 2010

Au jour le jour/ Vendredi 26 février / Labourage et pâturage


Vendredi 26 février : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France » ; ils sont bien loin les temps où Sully, ministre du bon roi Henri IV, pouvait avancer ce précepte économique. Même si la France reste le premier pays agricole de l’Union européenne, les agriculteurs ne représentent plus que 2 % de la population active. Les filières agricole et agroalimentaire ne fournissent plus que 3,4 % du PIB. La désertification des campagnes, avec sa kyrielle d’évasion des services auprès des villes, n’en est pas moins préoccupante, en termes notamment de préservation de notre environnement.

On a cru un moment que, avec le développement des moyens de communication et le travail à distance, on pouvait sinon « installer les villes à la campagne », du moins freiner cette évasion des populations vers les centres urbains ; on doit constater qu’il n’en est rien.

On apprend également que en une année le revenu moyen des agriculteurs a baissé de 34 % ; de nombreux produits sont cédés par les producteurs en dessous du prix de revient : bien sûr personne ne l’a constaté chez son boucher, son fromager ou son boulanger, ou dans son supermarché. La baisse du pouvoir d’achat des uns ne se traduit pas par une hausse chez les autres.

Laissons aux économistes le soin d’analyser la situation et d’imaginer des moyens de résoudre ce problème. Fourastié en son temps l’avait fait et, fondant son raisonnement sur l’évolution d’un village « moyen » (celui de Douelle dans le Lot) avait précisément redouté l’avènement de ce que l’on constate aujourd’hui. (Les trente glorieuses, 1979)

L’agriculture cependant, avec aussi l’émergence des produits naturels ou bio, bénéficie dans nos représentations d’une aura toujours très positive ; le succès du salon de l’agriculture, chaque année en témoigne ; les Présidents de la V°, depuis de Gaulle, sans exception, ont tenu à marquer par leur présence lors de l’inauguration, non seulement l’intérêt qu’ils portaient à ce secteur d’activité, mais la considération qu’ils avaient pour le monde paysan ; Chirac y puisait d’ailleurs, « au cul des vaches », une grande part de sa côte d’amour.

Notre souverain, de retour d’Afrique, a donc préféré aller se reposer dans le Var plutôt que de respecter la tradition ; il aurait pu se racheter d’un malencontreux « Casse-toi pov’con ! » ; ce n’est pas son choix ; il sera, dit-il, présent à la clôture ; il n’est pas sûr qu’on lui réserve un accueil triomphal.

jeudi 25 février 2010

Au jour le jour/ Jeudi 25 février / Comment gruger les Régions ?

Jeudi 25 février : trop de gaspillage financier dans les collectivités territoriales, trop d’impôt au niveau des régions et des départements ; on voit bien que ce sont les socialistes qui sont au pouvoir ; il faut mettre de l’ordre dans tout ça, dit le souverain ; et à défaut d’emporter les élections, on va légiférer pour leur rendre la vie un peu plus difficile.

Il faut dire que l’argent des régions, c’est bien vrai, est souvent jeté par la porte, sans pour autant qu’il rentre par la fenêtre. Prenons le cas de l’Ile de France ; comme toutes les régions elle a la charge de la construction et de l’entretien des lycées ; pour cela elle lance des appels d’offre à de grandes entreprises ; le résultat, scandaleux, c’est qu’elle vient d’y gaspiller, entre 1988 et 1997, la somme de 358. 840. 743 €

Mauvaise gestion ? Favoritisme ? Délit d’initié ? Mais pas du tout ; c’est que ces grandes entreprises ont pratiqué le petit jeu bien profitable des ententes illicites et qu’entre elles se sont répartis les marchés, faussant ainsi la concurrence et pouvant présenter sans prendre de risque, des devis surévalués. Douze groupes de BTP ont ainsi volé l’argent du contribuable ; parmi ces groupes,Vinci, Eiffage, Bouygues … (Source : Challenges 25 février/3mars)

La somme de 358 millions et des poussières, c’est donc ce que réclame, dans une assignation en justice, la région Ile de France auprès desdits groupes de BTP ; cette somme vient s’ajouter à l’amende de 47 millions d’€ infligée par le Conseil de la concurrence en 2007, et déjà récupérée par l’Etat.

On passe en garde à vue pour avoir volé une pomme, on fait de la prison pour avoir insulté un agent, mais quand on s'appelle Bouygues, ou Vinci ... on reste dans les petits papiers du souverain même si on détourne près de 400 millions d’€. Au fait combien ça coûte un yacht qui croise à l’Ile de Malte ?

mercredi 24 février 2010

Au jour le jour / Mercredi 24 février / Virtù e Fortuna

Mercredi 24 février : l’un inclut, l’autre exclut ; le souverain inclut des hommes de gauche dans des institutions prestigieuses de la République, le principal parti d’opposition exclut régulièrement ses membres un peu trop chahuteurs ; Didier Migaud, président socialiste de la Commission des finances est nommé Premier président de la Cour des comptes, Michel Charasse sénateur ex-socialiste, ministre et homme lige de François Mitterrand, est nommé au Conseil constitutionnel ; de l'autre côté, après l’exclusion du PS, au cours des années précédentes, de Georges Frèche et de Michel Charasse, c’est une charrette de 59 socialistes fidèles à Georges Frèche qui passent à la guillotine.

Le souverain reste fidèle à sa stratégie d’ouverture, qui ne plait pas à tout le monde dans ses troupes ; ce faisant il ne prend aucun risque nouveau car ses pires ennemis étaient ou sont encore dans son camp : Philippe Séguin à la Cour, Jean-Louis Debré au Conseil. Martine Aubry demeure ferme dans sa posture d’un socialisme vertueux ; elle venge Fabius d’une injure faite à Laurent et poursuit sa vindicte auprès des fidèles de l’infidèle ; elle aurait peut-être mieux fait d’être plus regardante dans certains choix, car l’excès de vertu tue la vertu.

Le pari est le propre de l’homme politique ; Machiavel donnait comme clefs fondamentales du succès Virtù e Fortuna, la Force (morale) et la Fortune (celle des audacieux ). Le tempérament du souverain est de forcer le destin ; celui de la prétendante est d’incarner la rigueur. Reste à savoir lequel des deux Fortuna servira le mieux.

mardi 23 février 2010

Au jour le jour/ Mardi 23 février / De la liberté et de la loi

Mardi 23 février : « Liberté, liberté chérie … » ; nous l’avons tous chanté, nous le chanterons encore ; la liberté plus que tout nous est chère ; louée par Paul Eluard : « Liberté […] j’écris ton nom », elle est le concet premier, indéfectiblement attaché à celui de République. Mais il faut se méfier des concepts ; souvent lorsqu’on les pousse à la limite, ils débouchent sur leur propre contradiction ; on a dénoncé « la liberté du renard dans le poulailler » ; c'est Madame Roland qui au pied de l’échafaud, s’écrie : « Liberté que de crimes on commet en ton nom » ; et c'est Henri Lacordaire qui en énonçe la raison de façon dialectique, par cette formule bien connue : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».

La loi, au dessus donc de la liberté, marqueur premier de la République, condition et non composante de la liberté, expression de la raison et du droit contre la passion et l’arbitraire ; la loi, pourtant aujourd’hui contestée dans son principe fondateur. Jean Paul Delevoye, médiateur de la République, dénonçant les excès de pouvoir ou de zèle de l’administration, justifie ainsi cette nouvelle analyse dans son rapport au Chef de l’Etat : « La loi n’apparaît plus comme le bouclier du plus faible contre le plus fort, mais comme une arme aux mains du plus fort pour asseoir sa domination contre le plus faible ». La cause en serait selon lui, entre autres, la multiplication des lois et le maquis inextricable et parfois incompréhensible des règlements.

Mais encore ; la censure, à plusieurs reprises opérée par le Conseil constitutionnel envers les lois élaborées par le gouvernement, les mises en garde de la Cour des comptes au sujet des détournements ou des contournements de la règle, les sanctions apportées par la justice envers des hommes politiques « au dessus de tout soupçon », nous indiquent bien que parfois les lois ou les législateurs, et leurs exécutants dans l’administration, peuvent plus opprimer que libérer. Il est des circonstances où les lois peuvent être scélérates.

Mais au dessus des lois, il y a la Loi ; la Loi républicaine selon laquelle personne ne peut la confisquer à son bénéfice, qu’elle doit demeurer le garant du bien public (République = res publica, chose publique), et dont personne, fût-il souverainement élu, ne peut s’affranchir. La Loi qui fonde la Liberté.

lundi 22 février 2010

Au jour le jour/ Lundi 22 février / Le peuple et le pouvoir

Lundi 22 février : une forte majorité de Français est contre la modification de l’âge légal de la retraite ; peu importe que les Espagnols aient décidé que chez eux ce sera 67 ans, ils tiennent dur comme fer à cet « acquis social » de l’époque mitterrandienne ; et ils donnent raison à Martine Aubry et Bernard Thibault contre le souverain, XD et XB.

Une forte majorité de Français déclare refuser sa confiance au chef de l’Etat ; la côte du souverain est au plus bas ; manifestement il ne craint pas d’être impopulaire puisque ses égéries préférées, Rachida, Valérie, Christine et quelques autres lui font à chaque instant la révérence.

Une proportion significative de grosses entreprises envisagent des restructurations et des plans sociaux ; les syndicats ici et là durcissent leurs comportements ; nos concitoyens ont mis le moral en berne et les sociologues identifient un renforcement du « chacun pour soi », du démerdage individuel, du refus de l’autre. Les banques, de même qu’elles ont provoqué la crise, donnent l’exemple et le ton pour ce repli sur soi.

Sommes-nous donc encore en démocratie si le pouvoir échappe à ceux que nous avons élus et si la confiance, déjà fragile, devient très minoritaire ? Ne pas écouter le peuple sous la raison qu’on a été élu sur un programme qu’on prétend poursuivre sans toutefois le tenir, est-ce vraiment dans l’esprit de nos lois, de notre Constitution ?

Le pseudo-débat sur l’identité aura au moins fait apparaître que Liberté, Egalité, Fraternité, ça voulait vraiment dire quelque chose ; qu’on ne peut pas gouverner en rognant la liberté, en faisant fi de l’égalité, en ignorant la fraternité.

Comment sortir de cette crise, plus grave encore que celle qui touchait la finance et touche encore l’économie ? Comment si ce n’est en revenant aux fondamentaux de la République et de la Démocratie ?