samedi 20 février 2010

Au jour le jour/ Samedi 20 février / Delattre et le délinquant

Samedi 20 février : pendant que des détenus se suicident dans la prison la mieux surveillée de France, que d’autres se font la belle allègrement, que des policiers trafiquent avec de la drogue confisquée, et que MAM réforme les prisons, il y a des délinquants qui se pavanent dans les rues, programme électoral en main, sapent les espoirs de Valérie Pécresse et donc narguent la République.

Heureusement, le maire de Franconville, Francis Delattre, qui avait déjà fait preuve de sa bravoure en feignant de confondre Ali Soumaré, tête de liste en Val d’Oise, avec un joueur de réserve du PSG, vient de montrer à la fois sa sagacité et sa témérité : il a traité ledit Soumaré de « délinquant multirécidiviste chevronné ».

Soumaré porte plainte pour diffamation ; le diffamateur court toujours ; Pécresse ne dit mot et essaie de ramasser les billes ; le souverain a d’autres chats à fouetter ; Georges Frèche ne s’occupe que des catholiques ; Martine dit que les propos delattréens sont indignes d’un élu de la République ; Frédéric Lefebvre vient au secours de Francis : « C’est quand même beaucoup moins grave que Frèche qui traite Fabius de pas catholique ; chez Delattre il n’y a aucune allusion raciste » (Source : Le nouvelobs.com / L’express.fr)

Delattre, au moins, à la différence du gréviste de chez Mittal qui n’est pas descendu quand le souverain l’y a invité, il en a. Il faudra qu'on pense à lui pour le prochain remaniement ; il pourrait par exemple remplacer MAM qui n’a qu’une idée en tête : faire la nique à Boutefeux et limiter les garde à vue ; pour damer le pion à Le Pen, ce serait quand même bien mieux.

vendredi 19 février 2010

Au jour le jour / Vendredi 19 février / Le maître d'école

Vendredi 19 février : dans les années 1840, naissait un nouveau genre littéraire : le roman interactif ; dans le quotidien Le journal des débats paraissait le feuilleton d’Eugène Sue Les mystères de Paris, où des hommes de toute main, tels que le Maître d’école, la Chouette ou le Chourineur, vous faisaient vibrer au récit de leurs actes vengeurs et cruels. Et les lecteurs écrivaient souvent à l’auteur pour lui suggérer des pistes, voire des textes pour le suivi.

Et bien, le Maître d’école est de retour ; oh non, il ne punit pas ses victimes au vitriol, car c’est un homme de rang, bien élevé, agrégé de lettres, ancien professeur au lycée Laure Gatet de Périgueux, où il d’ailleurs laissé quelques souvenirs ; vous l’avez reconnu, c’est XD ; ce n’est pas non plus un bandit de grand chemin, loin de là ; ni un héros du roman cyclique ; non, simplement un ministre qui, cycliquement, dans cette comédie du pouvoir et des apparats, joue son rôle de maître d’école : il admoneste, il récompense, il punit. Le souverain aime ça ; la souveraine dit-on aussi ; il fait partie des rares invités au Cap Nègre et on le donne même comme successeur de François Fillon.

Revenons, s’il vous plait à nos moutons et cessons de nous égarer dans des considérations totalement hors sujet, comme me disait souvent mon maître d’école à moi. J’y suis ; on se souvient que XD voulait classer les profs au mérite et que pour les élèves il avait eu cette idée géniale de leur attribuer une médaille, de bronze, d’or (simili of course) ou d’argent selon leur mention au baccalauréat ; les médailles sont restées dans les coffres de la Monnaie où elles furent battues, car personne n’en voulut.

Et voilà donc qu’il recommence, il a vraiment la manie du classement, comme dans les compositions d’antan ; on prétend que c’est lui qui avait suggéré au souverain cet épisode glorieux du classement des ministres. Aujourd’hui le stress sévit dans les entreprises ? Il est ministre du travail, comme hier de l’éducation, il va les classer en vert, orange ou rouge selon les efforts et les dispositions qu’elles mettent en œuvre pour éviter le stress ; et on verra bien celles qui figurent au tableau d’honneur, celles qui ont les félicitations et celles qui méritent un blâme.

Sitôt dit, sitôt fait ; le classement paraît sur le site du ministère, selon trois couleurs : vert = bien, orange = passable, rouge = mal. Ouh là là ! Le téléphone sonne, et c’est pas Gaston qui répond, mais le gotha élyséen ; les rouges ont vu rouge et ont menacé de mettre XD au vert !

Résultat : on a, subito presto, retiré du site les oranges et les rouges, et on n’a laissé que les verts. Alors, lecteurs, vite à vos plumes pour suggérer au maître d’école un nouvel épisode un peu mieux ficelé du feuilleton parisien.

jeudi 18 février 2010

Au jour le jour/ Jeudi 18 février / La ministre et son double

Jeudi 18 février : Marie-Luce Penchard accusée de clientélisme ? Et alors ! Où est le problème ? Fillon l’a bien dit « Une affaire dérisoire ! ». Même Jack Lang, qui sait quand même de quoi il parle, a pris sa défense.

Car enfin, de quoi l’accuse-t-on ? Candidate aux régionales en Guadeloupe, elle affirme dimanche dans un meeting électoral n’avoir qu’une préoccupation : servir la population guadeloupéenne ; et toutes ces subventions qui filent en Martinique, en Guyane et à la Réunion, un vrai gachis. Alors un élu local ne se doit-il pas d’abord de satisfaire ses électeurs ?

D’ailleurs quand des voix s’élèvent à droite comme à gauche pour s’indigner qu’un candidat à une élection régionale ignore ce qu’il pense lorsqu’il est ministre, l’accusée se lève et répond, en substance : « Je parlais en tant qu’élue locale, non en tant que ministre ; ministre je tiendrai évidemment un autre discours ; car je suis ministre de l’outre mer, mais candidat en Guadeloupe ». Double fonction, double personnalité, double discours ; normal ! Le cumul n'est pas encore interdit, que l'on sache.

Toutefois, il y en a un qui n’a rien compris, c’est notre souverain ; il a mis du temps à réagir ; trois jours sont passés, mais aujourd’hui, devant les Martiniquais, levant un index magistral, il a été très clair : « Quand on se laisse entraîner on n’est pas à la hauteur des responsabilités de l’Etat ».

Pauvre Marie-Luce qui avait cru bien faire, pour précisément le plus grand bien de l’Etat, et bien servir son maîre ! Alors les « Vite un karcher ! », « Descends si tu en as !» et « Casse-toi pov’ c. ! », c’était pas de l’entraînement, ça ? Ah, l'ingrat !

mercredi 17 février 2010

Au jour le jour/ Mercredi 17 février

Mercredi 17 février : selon le neurologue italien, Renato Balbi, auteur de la thèse d’une « stratification du cerveau " ( Lungo viaggio al centro del cervello, 1985), nous, les humains, pourrions répondre à une situation donnée selon trois degrés d’intervention : la raison, la passion, la violence ; c’est ce qui se passe souvent entre parents et enfants : on les raisonne, si ça ne marche pas on crie, et in fine on leur en colle une ; il en va de même entre les nations : la diplomatie, la pression internationale puis les sanctions, voire la guerre. L’appel à la violence ( à notre cerveau reptilien) ne serait que le recours ultime.

Les Grecs anciens distinguaient eux-mêmes trois forces parfois convergentes, parfois divergentes dans nos comportements : nous (l’esprit), thumos (le cœur), epithumia ( la tripe). Rien de bien nouveau donc, et les neurobiologistes de notre temps n’on fait que découvrir ce que les philosophes d’antan savaient déjà.

Les phénomènes répétés de violence à l’école ( à l’intérieur de l’école, contre l’école) nous ramènent à cette dure réalité : les conflits, quelle que soit leur nature, tendent aujourd’hui à se résoudre par la violence. Le fait n’est pas nouveau, n’en déplaise à Luc de l’Oréal ; et personne ne fait mystère de l’inanité de solutions immédiates, souvent prises à chaud, qui relèvent tout autant de la violence que de la raison.

Désemparés donc ? En quelque sorte oui, car le phénomène relève tout autant de la réalité sociale que de la réalité individuelle ; et il ne suffira pas de diriger le karcher sur quelques cibles médiatisées pour avoir raison de ce qui échappe à la raison. Car violents sont la finance, l’économie, l’école, la religion, les hommes et les femmes, les enfants … et la raison n’est que la strate supérieure de nos comportements.

Avoir raison ! Avoir raison de toute violence ! Serions-nous contraints, tel Sisyphe, de rouler sans cesse notre rocher vers des sommets d’où il dévalera la pente ? Ou quelque sagesse réside-t-elle encore en nous ? Et demain quelque espoir se fera-t-il jour ?

mardi 16 février 2010

Au jour le jour/ Mardi 16 février

Mardi 16 février : Sanofi Aventis, le puissant groupe pharmaceutique a maintenant un savoir faire reconnu en matière de licenciements : 2008, puis 2009, ça chauffe mais pas de problème ; 2010 ça sent un peu plus le roussi ; c’est que affichant des milliards de bénéfices, ayant bénéficié de la commande historique de millions de vaccins contre la grippe A, il annonce des restructurations nécessaires pour sa rentabilité, assorties comme il se doit d’une belle charrette de licenciements.

Total, fleuron de l’industrie française, présent dans le monde entier, dont les bénéfices font pleurer d’envie nos Etats en déficit, envisage de fermer une importante raffinerie à Dunkerque et de la déplacer hors de France : 370 employés et 400 dans la sous-traitance, menacés ; une région déjà durement éprouvée de nouveau saignée à blanc.

Comment donc imaginer que, quand des entreprises françaises qui font d’énormes bénéfices, sont contraintes de licencier, alors des Etats comme la France, dont les déficits sont abyssaux (« Un Etat en faillite » avait naguère déclaré François Fillon, qui pour ce dit aussitôt reçut le martinet) ne taille pas lui-même dans ses effectifs et ne procède pas à la suppression massive de postes dans la fonction publique ?

C’est vrai que, pour reprendre une formule qui jadis fit florès, notre époque se doit de procéder à un transfert Capital/travail ; d’ailleurs on le fait : remplacer les surveillants dans les lycées par des portails électroniques et des caméras vidéo, non seulement ça fait marcher le commerce et la production, mais aussi les hôpitaux qui doivent soigner les élèves et les profs blessés, ainsi que les tribunaux qui doivent juger les (présumés) coupables, et la police chargée de les arrêter et les médias trop heureux d’en faire leur information principale.

Enfin, tout ceci sera bientôt qu’un mauvais souvenir puisque, ne l’oublions pas, le souverain, le 25 janvier dernier annonçait que « le chômage allait baisser dans les prochaines semaines ». Nous y sommes ; ne nous en plaignons pas. Dommage qu’il ne l’ait pas écrit, car comme on sait « verba volant ».

lundi 15 février 2010

Au jour le jour/ Lundi 15 février

Lundi 15 février : décidément il s’en passe des choses pas très catholiques ; et pas seulement dans l’arène politique, entre Frèche et Fabius / Aubry ; entre le Sud et le Nord ; entre les Cathares et les Thalas ; entre les hérétiques et les fidèles ; non pas seulement là, mais aussi dans les hautes sphères de la pensée ; entre cet homme bien de chez nous, agrégé de philosophie, chroniqueur au Canard, nommé comme il sonne bien au sud de la Loire Frédéric Pagès ; entre Frédéric Pagès donc et cette sommité de la pensée française, inventeur de la nouvelle philosophie, époux de l’hyper-star Arielle, auteur de nombreux essais dont voici trente ans Le Testament de Dieu et aujourd’hui De la guerre en philosophie ; j’ai nommé Bernard-Henry Levy.

En réalité le différend n’est pas entre Frédéric et Bernard, mais entre Bernard et Bernard. Même si Frédéric en est la cause. Soyons clair : Bernard donc publie De la guerre en philosophie ; en véritable penseur il fustige à mort les anciens philosophes ; Kant en particulier en prend pour son grade et en des termes pas du tout catholiques ; pour appuyer son propos de façon scientifique il cite Jean-Baptiste Botul, auteur d’une série de conférences auprès des néo-kantiens du Paraguay. Le problème c’est que le Botul en question n’existe pas, qu’il n’y a jamais eu de cycle de conférences sur Kant au Paraguay, ni d’ailleurs probablement de néo-kantiens.

Et donc notre Pagès ? Voilà : chroniqueur attitré au Canard enchaîné, il est l’auteur d’un canular philosophique dans lequel il a inventé de toutes pièces le personnage de Botul : La vie sexuelle d’Emmanuel Kant ; un canular dans l’esprit du Canard. Comme il y a des gens qui lisent à la fois BHL et Le Canard, le pot aux roses a été dévoilé. Du coup on se souvient que voici trente ans, lors de la publication de Le testament de Dieu, Pierre Vidal Naquet avait dénoncé nombre d’inexactitudes dans les affirmations de BHL ; lequel s’en était sorti en répliquant que faire vivre l’Italien Vico en même temps que Gentile, vu de Sirius, c’était quand même la même époque … Aujourd’hui les choses se compliquent car BHL attendait un couronnement pour son œuvre ; c’est bien compromis. (Source Le Monde du 16 février)

Quel dommage que Pirandello n’écrive plus ! Après A chacun sa vérité, il aurait pu écrire A chacun son mensonge. Enfin, moi je conseille à tous nos penseurs, philosophes, politiques, prêcheurs, météorologues, journalistes et policiers, dont aujourd’hui la parole est frappée de suspicion, d’aller à Rome, à Santa Maria di Cosmedina, placer leur main dans la Bocca della verità, qui de ses dents acérées mutile les menteurs ; non, qu’ils n’y aillent pas, trop de manchots, ça ferait désordre.

dimanche 14 février 2010

Au jour le jour/ Dimanche 14 février

Dimanche 14 février : demain sera un grand jour pour l’Education nationale : Luc de l’Oréal annoncera le plan « Nouvelles technologies » afin que la France rattrape dans ce domaine son retard maximal par rapport aux autres pays européens ou non. On attend donc avec impatience.

Oserons-nous avoir l’outrecuidance de rappeler que en 1970 nous publiâmes un ouvrage intitulé : Propositions pour une nouvelle technologie éducative. Quarante ans ! Et depuis, là comme ailleurs, on réinvente à grand fracas ce qui a été maintes fois proposé, engagé, et toujours interrompu, puis oublié.

Car à chaque fois les ministres successifs n’ont jamais considéré qu’un pan des choses, le plus facile à gérer, même si c’est le plus onéreux : l’équipement. D’autant plus facile que l’équipement des établissements est en charge des collectivités ; alors l’Education est devenue une immense décharge de réseaux câblés, de laboratoires de langues, de magnétoscopes, de circuits fermés de télévision, d’ordinateurs … le tout à l’état neuf, car n’ayant pratiquement pas servi. Je concède, à la vérité, quelques exceptions ; mais la règle est celle-là.

Y a-t-il une raison à cela ? Evidemment ! Passer du tableau noir à l’informatique ( comme hier à la vidéo) implique que l’on prenne quatre ordres de décisions : l’équipement bien sûr ; mais aussi ce que nous avions appelé une « industrie de programmes », car le hard sans le soft, ce n’est rien ; une véritable formation des enseignants, qui ne peuvent pas puiser dans les modèles d’antan des références utiles (au moment où on supprime la formation des maîtres, chapeau !) ; enfin une politique de recherche et d’innovation cohérente avec les projets éducatifs. Or tout cela naguère a plus ou moins existé, mais a été bien vite relégué aux oubliettes ; car l’effet d’annonce a trop souvent guidé la rue de Grenelle.

Je conseille à Luc de l’Oréal, de passer quelques heures dans les archives du ministère, à l’époque par exemple où il y avait une direction de la pédagogie … La Bruyère en sa sagesse nous avait prévenus : « Tout est dit et l’on vient trop tard » ; relire donc aussi La Bruyère, car tout se passe comme si le nouvel aphorisme était : « Rien avant moi n’a été dit ni fait ; heureusement que j’arrive à temps ». Bienheureux les (les quoi au fait ? ) car ils verront Dieu !