dimanche 7 mars 2010

Au jour le jour/ Dimanche 7 mars / Femmes ! Femmes !

Dimanche 7 mars : ou bien le Général avait raison, ou bien il avait tort ; ou bien il disait vrai lorsqu’il prétendait qu’il ne fallait pas confier de responsabilités politiques aux femmes car elles se laissent emporter par des raisonnements affectifs et sentimentaux, ou bien il se trompait. Notons que cette attitude ne l’a pas empêché de donner le droit de vote aux femmes, ce que les III° et IV° Républiques n’avaient osé faire et que pourtant Boccace, dès le XIV° siècle, dans son œuvre majeure, Le Décaméron, réclamait.

Il faut donner du temps au temps, disait Raymond Barre ; notons que notre souverain, avant son élection triomphale, avait promis un gouvernement restreint et la parité ; pour l’un et l’autre de ces deux critères, il faudra encore attendre. Certes on a beaucoup montré Rama et Rachida, un peu moins Famela, ; c’était coup double : femmes et diverses ; mais le succès ne fut pas au rendez-vous ; Rama est toujours là, elle est belle à voir dit-on, et comme elle ne fait rien, elle a une côte d’enfer, c’est le syndrome Chirac.

Rachida pour sa part a su montrer ce que femme pouvait et savait faire ; elle vient donc d’assister en qualité d’observateur aux élections en Irak ; et pendant qu’on s’entretuait, elle s’adonnait à son devoir people en effectuant, hier au soleil couchant, une promenade médiatisée dans un parc au bord du Tigre. C’est là qu’on voit que De gaulle avait tort, des femmes qui savent garder la tête froide, il n’en manque pas.

C’est cependant du côté de l’Elysée que ça cloche un peu ; parmi les cinq grands conseillers du souverain (les Guaino, Guéant, Lévitte …) une seule femme ; mieux que rien direz-vous. Mais alors que l’association Ni putes ni soumises manifestant dans la capitale avait recouvert, place de la République, la statue éponyme d’une burqua noire, bien vite furent dépêchées les forces de l’ordre pour la dévoiler ; car comme le souverain a dit lors de sa visite au Salon, au sujet de l’environnement : « ça commence à bien faire ! ». En parler ça va, en faire ça ne va plus.

samedi 6 mars 2010

Au jour le jour/ Samedi 6 mars/ Visibilium et invisibilium

Samedi 6 mars : c’est un rêve vieux comme l’humanité : comment voir sans être vu ? Adam par exemple aurait pu croquer la pomme sans que personne ne le voie, et la face du monde sans nul doute en eût été changée. H.G. Wells n’aurait pas eu à écrire L’homme invisible, Marcel Aymé Le passe muraille, Harry Potter n’aurait pas eu besoin de mettre sa cape invisible.

Or qu’apprends-je ? Des scientifiques ont réussi à créer un matériau capable d’annuler les propriétés de la lumière, rendant ainsi invisibles les objets ; (Source Bulletin électronique – Techno.science)

On imagine aisément les usages politiques et sociaux d’une telle découverte ; quel monde ! L’ère du « Pas vu pas pris » connaîtra un développement incommensurable ; les religions y trouveront enfin la preuve (puisque la cause) de l’invisibilité de Dieu ( Credo in unum Deum, factorem coeli et terrae, visibilium et invisibilium …) ; les journalistes pourront aller fureter sans se faire kidnapper ; les femmes n’auront pas besoin de porter une burqua ; les souverains visiteront le Salon de l’agriculture sans craindre de se faire siffler …

« L’abbé, ta noirceur se dévoile », comme si justement écrivit Paul Verlaine … et tu t’égares ; jamais les savants n’ont pensé à ça. D’ailleurs pour l’instant, l’invisibilité ne concernerait que des objets d’une taille maximale de 4 millimètres. Or nos hommes politiques ne sont pas des Lilliputiens, voir De gaulle.

Oui, je m’égare, car de toute façon, Salon de l’agriculture ou pas, l’objectif pour un homme politique c’est d’être vu, et celui des médias de le faire voir ; d’ailleurs, au salon, ce matin, on l’a vu, notre souverain est bien allé se faire voir …

vendredi 5 mars 2010

Au jour le jour/ Vendredi 5 mars / Ouverture, fermeture

Vendredi 5 mars : problème de succession, Louis Schweitzer, ancien PDG de Renault, actuellement président de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (la HALDE), arrive en fin de mandat. Qui lui succèdera ? Les candidats se pressent déjà, mais certains, pressentis, demandent quelques garanties. C’est que la HALDE, créée en 2004, avec le statut d’autorité administrative indépendante (comme la CNIL ou le CSA), risque fort de voir son indépendance mise sous le boisseau.

Le souverain en effet aurait toussé à plusieurs reprises au sujet des interventions de son président, lesquelles auraient contrarié l’autonomie suprême, celle du premier magistrat de la République ; ledit Schweitzer ne serait pas dans les bons papiers à l’Elysée ; et comme on n’ose pas critiquer ouvertement la Haute Autorité qui a conquis une réputation d’objectivité et d’équité auprès de tous les partenaires sociaux, on s’en prend régulièrement à l’ancien président de Renault pour ses fonctions antérieures ; les flèches sont adressées ad hominem.

C’est que depuis 2004, il s’en est passé des choses ; il y a d’abord eu en 2008 la création du délégué à la diversité et à l’égalité des chances, poste attribué à l’ami Yazid Sabeg ; et puis la réforme de la Constitution et la définition de la fonction de Défenseur des droits, sur la suggestion de Jack Lang, d’ailleurs déjà candidat à ce poste dès qu’il sera créé ; alors ça fait beaucoup de monde sur le même créneau, dont le président de la HALDE fonctionnerait comme électron libre.

Rien ne va plus ; les grandes manœuvres sont déclanchées ; consignes discrètes voire secrètes sont données au Palais du Luxembourg (pour le Palais Bourbon, pas la peine, les godillots sont au garde-à-vous) ; objectif, intégrer la HALDE sous l’autorité du Défenseur des droits, c'est-à-dire sous le contrôle de l’Elysée. (Source : Le Monde, 6 mars)

On met des socialistes à la tête de la Cour des comptes et de la Commission des finances ; on place sous le boisseau des responsables de structures apparemment moins importantes, mais plus populaires, comme France Télévision ou la HALDE ; ouverture d’un côté, fermeture de l’autre ; l’essentiel est de contrôler tout ce qui parle au peuple ; démocratie oblige !


jeudi 4 mars 2010

Au jour le jour/ Jeudi 4 mars / Moi et la crise

Jeudi 4 mars : avant la crise : 1 %, 2% ? C’est 3% de croissance que je veux ; j’irai la chercher avec les dents. Ainsi parlait le souverain, disciple inattendu de Colbert, confiant dans l’exercice de sa volonté, dans le retour du politique, dans l’intervention de l’Etat. On sait ce qu’il en est advenu ; on ne saura jamais ce qui se serait passé si la crise n’était pas intervenue.

Pendant la crise : la France a résisté mieux que ses voisins européens ; grâce à son tissu industriel et à la politique fiscale instaurée dès le début du quinquennat. Avec 10% de chômage en 2009, l’augmentation de la pauvreté, la réduction des services publics, c’est vrai qu’on est dans une plus enviable situation que la Grèce ou l’Irlande, ou l’Espagne ; et surtout on se réjouit de ce mieux et on frémit à l’idée de ce que cela aurait pu être si nous avions été Allemands ou Italiens.

Aujourd’hui, veille de sortie de crise : nous sommes les plus mauvais de toute l’Europe, même les Italiens font mieux (lesdits apprécieront le « même ») ; notre industrie fournit 16% du PIB, contre 25 en Italie et 30 en Allemagne ; nous sommes résolument désindustrialisés, et ça dure depuis des décennies. Bon, je viens de m’en rendre compte maintenant, mais vous allez voir, ça va changer, je m’en occupe.

C’est pas la faute aux copains, Bolloré, Lagardère, Bouygues, et tous ceux du Fouquet’s … ; c’est la faute à Chirac, à Mitterrand, à Giscard, à Pompidou et même à De Gaulle. Moi j’ai sauvé Mittal, Heuliez, l’industrie automobile, les banques, la pêche, l’agriculture ; j’ai sacqué la fonction publique ; je suis le meilleur ; et si vous me sacquez en mars, c’est vraiment que, comme disait le Général, vous êtes tous des veaux.

mercredi 3 mars 2010

Au jour le jour/ Mercredi 3 mars / Robin des Bois

Mercredi 3 mars : Robin des Bois est de retour ; ce bandit au grand cœur qui dérobait les riches pour distribuer aux pauvres. Non, ne vous méprenez pas, je ne parle pas de cette forme d’Etat providence qui consiste à considérer que l’argent des riches provient souvent du travail des pauvres et que donc une partie leur en revient. ; je me réfère à des initiatives singulières et privées dont la ville rose vient de nous donner quelques beaux exemples.

A Toulouse, donc, un beau matin de cet hiver qui perdure, un SDF de 23 ans, au lieu dit La Croix Falgarde, distribue des coupures de 20, 50 ou 100 € aux automobilistes ; volées peu avant dans une discothèque : « Prenez cet argent, il n’est pas à moi ». Quelque temps auparavant, un couple de SDF avec une fillette de deux ans squatte dans un immeuble appartenant au Secours catholique ; sans électricité ; un agent d’ERDF au grand cœur rétablit en douce le courant. (Source : La Dépêche du Midi)

Et la suite ? Le gentil distributeur de petites coupures, arrêté dans son élan par un fêtard qui prévient la police, s’en sort fort honorablement : relaxé, il sera cependant convoqué en correctionnelle, mais sans grand risque car le patron de la discothèque n’a même pas porté plainte tant il a trouvé l’affaire rocambolesque ; il en va différemment pour l’agent d’ERDF qui est mis à pied et le couple bénéficiaire qui est inculpé pour « consommation illégale » ; penser que R était Redistribution et non Réseau, c’est effectivement impardonnable.

Le Général eut le génie des grands concepts rassembleurs ; l’Autodétermination lors de la guerre d’Algérie, la Participation lors des mouvements de 68. Je suggère au souverain, actuellement en mal d’initiatives populaires, de s’inspirer des expériences toulousaines et de lancer un grand appel à la Redistribution ; les traders, les banquiers, les navigateurs de l’Ile de Malte, et les Zidane, Smet ou Dujardin, se précipiteront pour jouer leur Robin des Bois .

mardi 2 mars 2010

Au jour le jour/ Mardi 2 mars / Un rapport dans les dix jours !

Mardi 2 mars : on l’a vu, le front plissé, le regard tendu, la bouche serrée ; il survolait en hélicoptère les terres de Vendée, le désastre infligé par les eaux, les vents, les marées, où trop d’hommes et de femmes ont perdu la vie, où les dégâts matériels sont considérables. Puis on l’a vu, à terre cette fois, avec son fidèle Borloo au second plan, annoncer sa compassion, une aide immédiate, une enquête sur les responsabilités : un rapport devra lui être remis dans les dix jours. Le souverain est dans son rôle et chacun ne peut qu’approuver sa démarche ; c’est une catastrophe nationale, l’Etat devait tout normalement s’emparer du dossier.

Sauf que … sauf que le rapport demandé existe déjà, mais que personne ne l’a lu, ou du moins l’a aussitôt refermé. Ce rapport aujourd’hui dérange ; il a été établi par un fonctionnaire de la DDE, Pascal Raison. Ce rapport indique avec précision l’état du littoral et sa vulnérabilité et il décrit comme scénario possible, avec force détails, exactement ce qui vient de se passer. (Source Le Monde, 3 mars)

Alors ? Alors, les paris sont ouverts ; moi je gage que la solution qui a toujours très bien marché jusqu’à présent, sera renouvelée : on va faire une loi ; c’est la méthode : chacun sait que sur tel ou tel sujet, il va y avoir des problèmes, avec la violence à l’école ou dans les banlieues, avec les prisons et les récidivistes, avec les accidents de la route, avec … Alors le souverain s’en émeut, déclare qu’on n’a rien fait jusqu’à lui, et il fait une loi ; bâclée le plus souvent, inapplicable ; et ça recommence.

C’est pas comme sous le règne des rois fainéants ; maintenant au moins ça bouge, ça s’agite même, ça réagit ; mais comme le dit si bien la fable, « Rien ne sert de courir … ». Mais on le sait, le souverain, il aime ça.

lundi 1 mars 2010

Au jour le jour/ Lundi 1er mars / Prendre le Pirée pour un homme

Lundi 1er mars : comme dans la fable de La Fontaine, Le singe et le dauphin, il a pris le Pirée pour un homme ; erreur grossière naguère considérée comme marque suprême de l’inculture et de la forfanterie ; il a donc cité « Wester, Tech … » comme deux scientifiques spécialistes du climat et des ouragans ; lesquels n’existent pas, quand il existe bien une institution créée par M. Webster (et non Wester) : Georgia Institute of Technology, dite aussi TECH ; « il », c’est, on l’aura reconnu, notre spécialiste anti-climatique, Claude Allègre.

Dans son dernier ouvrage, L’imposture climatique, l’ancien ministre de l’Education, se paie, selon Le Monde de ce jour, « un cent-fautes » ; erreurs de noms, fausses citations, confusions entre scientifiques et présentateurs télé, liste imaginaire de cautions scientifiques, bref une copie que le Prof. Allègre aurait certainement jugée déshonorante. On croyait que de telles pratiques étaient réservées à certains lettrés, comme ceux qui prennent Botul pour un philosophe néo kantien (notre AJLJ du 15 février), mais non, tout le monde s’y met, y compris les scientifiques qui pourtant revendiquent cette rigueur qu’ignoreraient leurs collègues des sciences humaines : il suffit d’avoir un nom pour pouvoir dire n’importe quoi dans la plus totale impunité. Ah, Descartes, reviens !

Les politiques il est vrai, par leurs comportements, cautionnent ouvertement cette pratique ; l’un annonce du haut de son pouvoir souverain que le chômage baissera en février ; une autre, qui fut en 2007 sa rivale, qualifie la controverse sur le botulisme de BHL de « polémique mesquine » dont l’antisémitisme n’est pas absent ; il est vrai que BHL est un ardent supporter de Ségolène, et qu’il faut à chacun rendre la monnaie de sa pièce. ( Le Monde, 1er mars)

Si donc les philosophes, les scientifiques, les politiques peuvent ainsi construire et vendre leurs discours en négation du moindre respect de l’exactitude, à qui donc se fier désormais ? On savait que sur la toile peuvent circuler avec des accents d’autorité absolue, les rumeurs, les ragots, les mensonges, enfin tout ce qui constitue un déni du principe de réalité. Mais l’édition classique jusqu’ici semblait échapper à cette perversion. Que se passe-t-il donc ?

Car tout éditeur qui se respecte, et Plon comme Grasset en font partie, soumet les textes qu’on lui propose à un directeur de collection, lequel est contractuellement responsable de la scientificité et de l’exactitude des propos. Dans un cas comme dans l’autre on aurait renvoyé la copie en demandant des rectifications. Aucun auteur mineur n’aurait échappé à cette règle ; il faut croire que certains sont considérés comme au dessus des lois ; dès lors L’imposture climatique, c’est l’imposture de l’auteur, du botulisme à la sauce des sciences dures.
Ni l’édition, ni l’université n’en sortent grandis. Mais c’est l’honneur de la presse, si souvent vilipendée, d’avoir su repérer et dénoncer de tels manquements à la probité.