lundi 1 mars 2010

Au jour le jour/ Lundi 1er mars / Prendre le Pirée pour un homme

Lundi 1er mars : comme dans la fable de La Fontaine, Le singe et le dauphin, il a pris le Pirée pour un homme ; erreur grossière naguère considérée comme marque suprême de l’inculture et de la forfanterie ; il a donc cité « Wester, Tech … » comme deux scientifiques spécialistes du climat et des ouragans ; lesquels n’existent pas, quand il existe bien une institution créée par M. Webster (et non Wester) : Georgia Institute of Technology, dite aussi TECH ; « il », c’est, on l’aura reconnu, notre spécialiste anti-climatique, Claude Allègre.

Dans son dernier ouvrage, L’imposture climatique, l’ancien ministre de l’Education, se paie, selon Le Monde de ce jour, « un cent-fautes » ; erreurs de noms, fausses citations, confusions entre scientifiques et présentateurs télé, liste imaginaire de cautions scientifiques, bref une copie que le Prof. Allègre aurait certainement jugée déshonorante. On croyait que de telles pratiques étaient réservées à certains lettrés, comme ceux qui prennent Botul pour un philosophe néo kantien (notre AJLJ du 15 février), mais non, tout le monde s’y met, y compris les scientifiques qui pourtant revendiquent cette rigueur qu’ignoreraient leurs collègues des sciences humaines : il suffit d’avoir un nom pour pouvoir dire n’importe quoi dans la plus totale impunité. Ah, Descartes, reviens !

Les politiques il est vrai, par leurs comportements, cautionnent ouvertement cette pratique ; l’un annonce du haut de son pouvoir souverain que le chômage baissera en février ; une autre, qui fut en 2007 sa rivale, qualifie la controverse sur le botulisme de BHL de « polémique mesquine » dont l’antisémitisme n’est pas absent ; il est vrai que BHL est un ardent supporter de Ségolène, et qu’il faut à chacun rendre la monnaie de sa pièce. ( Le Monde, 1er mars)

Si donc les philosophes, les scientifiques, les politiques peuvent ainsi construire et vendre leurs discours en négation du moindre respect de l’exactitude, à qui donc se fier désormais ? On savait que sur la toile peuvent circuler avec des accents d’autorité absolue, les rumeurs, les ragots, les mensonges, enfin tout ce qui constitue un déni du principe de réalité. Mais l’édition classique jusqu’ici semblait échapper à cette perversion. Que se passe-t-il donc ?

Car tout éditeur qui se respecte, et Plon comme Grasset en font partie, soumet les textes qu’on lui propose à un directeur de collection, lequel est contractuellement responsable de la scientificité et de l’exactitude des propos. Dans un cas comme dans l’autre on aurait renvoyé la copie en demandant des rectifications. Aucun auteur mineur n’aurait échappé à cette règle ; il faut croire que certains sont considérés comme au dessus des lois ; dès lors L’imposture climatique, c’est l’imposture de l’auteur, du botulisme à la sauce des sciences dures.
Ni l’édition, ni l’université n’en sortent grandis. Mais c’est l’honneur de la presse, si souvent vilipendée, d’avoir su repérer et dénoncer de tels manquements à la probité.

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