jeudi 11 février 2010

Au jour le jour/ Jeudi 11 février

Jeudi 11 février : François le prétendant et Xavier l’illustrateur, donc ce soir débattaient chez Arlette sur Antenne 2 ; c’était merveille de les voir et les entendre ; Xavier avait pris soin d’apporter avec lui son sarkophone, d’où s’échappaient sur le disque maintenant bien connu, des tons type « café du commerce », et des propos moralisateurs : Un peu de courage, François ! Allez jusqu’au bout ! Démagogie, démagogie ! Mensonge, mensonge ! (là on croyait entendre Eric la finance face au facteur chimérique) Et moi je vais vous dire une chose ! (sur le ton de la confidence qu’affectionnait Jean le fils ) Et bien sûr l’inévitable : Moi je n’ai pas été élu dans ma circonscription pour augmenter les impôts. Avec cette conséquence logique « Nous nous engageons à ne pas augmenter les impôts dans les régions que nous emporterons ». Il avait donc bien pris connaissance des sondages.

François en revanche avait pris le masque statuaire impassible et compassé, emprunté à cet autre François, dont Coluche avait dit qu’il ressemblait à un timbre ; avec ce luxe d’ironie, rare mais assassine, qui vous désappointerait un bonze ; et aussi cet humour qui, in fine, débrida malgré lui son adversaire : à Arlette qui lui demandait s’il considérerait DSK comme son ennemi pour la course à la présidentielle : « Je n’ai que des ennemis, c’est bien connu ; je ne sais pas ce qu’il fera mais moi je le sais ». Effectivement ce soir François, c’était non l’adversaire de Xavier, mais le rival de DSK, le candidat pour 2012 ; il connaissait ses dossiers mieux même que son contradicteur ; il prenait manifestement des notes avec son stylo à plume et à l’encre bleue ; tout de l’élève appliqué, sérieux, prêt à affronter, comme les écoliers de CM2, une évaluation nationale.

Et Arlette dans tout ça ? Ouh, ça va barder pour elle ! Elle n’avait convoqué que des syndicalistes peu conquis par la politique souveraine ; avec insistance elle pressait Xavier de répondre aux questions de François ; elle avait habilement brouillé les cartes en plaçant XB à sa gauche et FH à sa droite, comme pour dissimuler que, ce soir, son coeur penchait à gauche.

Vous voulez mon avis, partisan bien sûr ? C’était un match parfaitement déséquilibré entre un homme d’Etat dans l’opposition et un bredouilleur au pouvoir. Ah, que j’aimerais savoir ce qu’ils se sont dit, après, dans les vestiaires !

mercredi 10 février 2010

Au jour le jour/ Mardi 10 février

Mercredi 10 février : la finance est de retour ; elle avait fait profil bas après le fond critique où elle avait conduit le monde ; elle a su convaincre les Etats que elle seule, puisqu’elle avait pu provoquer la crise, était à même de la conjurer ; on l’a massivement aidée pour cela ; elle a retrouvé une santé indécente ; alors de nouveau elle attaque : les banques et les fonds spéculatifs visent la Grèce et menacent l’Euro ; on avait cru après le G20 que le capitalisme financier qui, selon le souverain, marchait sur la tête, était mort ; et bien non, il marche encore, sur la tête peut-être, mais il marche bien.

Alors, comme on avait organisé le G20, on organise le sauvetage de la Grèce ; le souverain a reçu aujourd’hui à l’Elysée le premier ministre grec, George Papandreou, il lui a promis une aide de l’Europe, il a rejeté l’intervention du FMI (DSK, couché !) ; il a demandé à l’Hellène de remettre de l’ordre dans ses finances ; ils étaient vraiment contents tous les deux, le nôtre surtout, si l’on en croit les embrassades chaleureuses et interminables auxquels ils se sont livrés devant les caméras. « Lorsque les choses nous échappent, feignons de les organiser ! »

Pendant ce temps, la Cour des Comptes rendait son rapport annuel sur les finances de l’Etat français (Tiens Seguin, toujours pas remplacé ?) ; lequel rapport stigmatise la mauvaise gestion, souligne l’instrumentation de la crise pour expliquer l’endettement excessif, affirme qu’une augmentation des impôts est inéluctable ; « Faux !» tonne Eric la finance, qui la veille s’était entraîné à répéter ce mot face au facteur chimérique chez Calvi.

Alors voilà : des Etats endettés auprès de ces banques qu’ils viennent de renflouer ; des banques qui spéculent et menacent en toute simplicité les Etats ; des fortunes considérables amassées par la spéculation ; des citoyens, montrés du doigt pour leur égoïsme et leur irresponsabilité, qui vont devoir encore cracher au bassinet pour renflouer les Etats.

Et là haut, on s’embrasse, on rigole, on promet de raser demain gratis ; d’accord, mais gratis ou pas, ce sont toujours les mêmes qui seront rasés.

mardi 9 février 2010

Au jour le jour/ Mardi 9 février

Mardi 9 février : « Sarko a raison, les médias il faut les passer à la kalachnikov . » Il a dit ça ? Ouh, ce n’est plus l’arme blanche, le karcher, ni même le croc de boucher, c’est presque l’arme lourde ! En réalité on ne sait pas si Sarko l’a dit ; c’est Eric le transfuge qui a dit qu’il l’avait dit ; et il a ajouté qu’il avait raison.

Et c’était quand ? Ce matin à RMC, juste avant l’émission où le transfuge intervenait, en off donc, mais quand même ; ils regardaient sur BFM la revue de presse, et F.F. qui parlait comme il pouvait de l’identité nationale ; soyons justes, le transfuge plaisantait, comme quand naguère il fit un doigt d’honneur à un journaliste, ou quand le souverain chassait les « Pov’ cons » ou plus tard parlait du boucher, ou Boutefeux jouait à l’Auvergnat ; il plaisantait ; la preuve, quand il s’est rendu compte qu’il était chez les médias, alors il a ajouté : « Je plaisantais » (Source Agora Vox, et alii)

Enfin tout ça n’est pas très catholique, comme dirait Fabius à Georges Frèche, ni même œcuménique ; car les médias ont l’esprit vengeur, ils viennent même de révéler que le souverain avait encore baissé dans les sondages : 31% ; kalachnikov ! Que ledit Frèche ferait dans tous les cas de figure un score triomphal aux régionales : kalachnikov !
Kalachnicov, kalachnicov, kalachnicov !

Heureusement que Boutefeux nous a concocté une ennième loi sur la sécurité avec des caméras de sécurité partout, des gardes à vue en veux tu en voilà, des PV à gogo ; et surtout, les kalachnicov seront interdites ; alors mon cher Eric, toi qui ne bénéficies pas comme le souverain de l’immunité, tu peux commencer à compter tes jours.

lundi 8 février 2010

Au jour le jour/ Lundi 8 février

Lundi 8 février : la montagne, on s’en doutait, a accouché de grands mots et d’une petite souris ; le débat sur l’identité nationale est mort, vive le débat ! Ce sera un débat permanent, le débat du quinquennat, a dit ce lundi François Fillon pendant que le souverain achetait des jouets dans une grande surface ; soyons justes, il a annoncé aussi des mesures nouvelles, notamment pour l’école : développer l’éducation civique, chanter La Marseillaise, hisser le drapeau ; on se souviendra que toutes ces mesures avaient été préconisées par Chevènement, qui n’avait pas eu besoin de six mois de débats pour trouver ces brillantes idées, lesquelles on le voit sont restées sans suite puisqu’il faut les réinventer. Ah, aussi, afficher dans chaque école la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Et puis on va instituer une commission des sages (tiens, j’avais cru jadis entendre que lorsqu’on voulait enterrer un sujet on créait une commission) auprès de notre transfuge identitaire, qui va réfléchir. On peut supposer que la réflexion permettra de mettre à jour les vieilles idées chevénementielles (ça date quand même d’un quart de siècle) et par exemple suggérer qu’à côté des droits de l’homme, on affiche le texte de la Convention internationale des droits de l’enfant ; qu’à côté du drapeau français on place le drapeau européen, et l’hymne européen à côté de La Marseillaise.

Mais il faut être plein d’espoir, car dans son souci d’exemplifier les valeurs de la devise républicaine, et notamment l’égalité citoyenne, le souverain vient de rétablir avec toute leur pompe les chasses présidentielles, sous le nom de « battues d’Etat », organisées par Pierre Charon directement depuis l’Elysée, et ouvertes à certains ministres, aux grands patrons du CAC 40, aux financiers … Le tout au Château de Chambord avec garde nationale, rituel monarchique, serveurs en livrée. Une sorte de secte du dimanche, pour diriger d’en haut cette France d’en bas, où se débattent plus de 60 millions de figurants.

Le 14 juillet 1789, Louis XVI, dont le sort fut exemplaire, inscrivit sur son carnet intime, et cela seulement : "Rien" ; il n’avait rien tué à la chasse. Brigitte Bardot ne sera pas la seule à souhaiter que notre souverain, un jour, rentre bredouille.

dimanche 7 février 2010

Au jour le jour/ Dimanche 7 février

Dimanche 7 février : cette après-midi, à Edimbourg, en présence de la Princesse Anne, mais sans Rama ni Sarko, à l’occasion de la première manche du tournoi des six nations, les Ecossais nous ont donné une belle leçon ; non pas de rugby, puisque on a été meilleur, bien qu’ils aient été aussi remarquables, mais une leçon d’identité.

Parmi les marqueurs de notre identité, bien sûr figure notre hymne national, La Marseillaise, que, après Chevènement, Eric le transfuge voudrait bien faire chanter à tous nos enfants à l’école.

La Marseillaise est un magnifique chant national ; composé par Rouget de l’Isle, au lendemain de la déclaration de guerre à l’Autriche, dans la nuit du 25 au 26 août 1792, peu avant donc la proclamation de la République, il fut proclamé chant national en 1795. Ses paroles belliqueuses : « Aux armes ! », « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! » semblent aujourd’hui anachroniques et cocardières : défi à l’Union européenne, incitation à la violence.

Est ce là notre identité ? Faut-il cependant renoncer à ce puissant symbole des valeurs de la Révolution française, en bute en son temps aux forces réactionnaires liguées contre elle en Europe ? Mais qui aura l’imagination fertile et le courage de proposer une révision des paroles ?

Là est la leçon de nos voisins Ecossais; leur hymne (officieux il est vrai) composé en 1974, commence aussi par des propos belliqueux en référence aux guerres d’indépendance des XII° et XIII° siècles. Mais dès la deuxième strophe, le passé est situé dans son contexte historique : « Ces jours sont maintenant passés et dans le passé ils doivent demeurer ; mais nous pouvons encore nous dresser … »

Actualiser en restant fidèles aux symboles fondateurs de notre histoire républicaine, voilà un défi que les débats sur l’identité auraient dû avoir l’intelligence et le courage d’aborder ; mais l’intelligence et le courage sont-ils au pouvoir ?

samedi 6 février 2010

Au jour le jour/ Samedi 6 février

Samedi 6 février : « La cagoule ou la burqua », non, ce n’est pas le titre du dernier discours du facteur chimérique, dont les comparses, il est vrai, ne font pas campagne en burqua, mais seulement en voile ; non, ce n’est pas non plus le remake à la Jean-Marie Le Pen des faits glorieux de l’organisation d’extrême droite qui en 1934 braquait les dépôts d’armes et semait la terreur maurassienne ; c’est simplement la version contemporaine de la panoplie alternative des braqueurs de banques.

La cagoule, c’est assez mal vu ; essayez d’entrer encagoulé dans une banque, vous ne serez probablement pas accueilli à bras ouverts ; en burqa en revanche aucun problème. Après le temps de l’invective pour raisons d’antiféminisme et de prosélytisme religieux, est venu le temps de l’attitude compassionnelle : les pauvres, elles n’ont pas le droit de se vêtir comme elles le souhaitent ? Et puis c’est pas plus discret et délicat que la maxi-minijupe et les seins à l’air ? Et plus égalitaire et moins discriminant entre canons et vieux mousquets ? Qu’on leur fiche donc la paix !

Seulement voilà ; dans notre Au jour le jour du 23 décembre, nous avions posé le problème autrement ; et sans aller jusqu’à conseiller aux braqueurs d’abandonner la cagoule et d’opter pour la burqua, nous laissions entendre que certains pourraient bien en avoir l’idée.

Et bien, ça a tardé, mais ça vient de se produire : ce matin le bureau de poste d’Athis Mons dans l’Essonne a été braqué par deux femmes en burqua, que le guichetier du bureau a laissé entrer, car on ne soulève pas les jupes des femmes pour vérifier si ce ne sont pas des hommes ; dommage car c’étaient des hommes, armés (comme ceux de la Cagoule en 1934) et décidés à faire main basse sur la caisse ; ce qu’ils firent après avoir jeté le voile.

Tout ça ne va pas plaire à Boutefeux ; je lui conseille, s’il n’y a pas déjà pensé, de faire une loi qui interdira aux hommes de porter la burqua ; déjà que les femmes portent le pantalon, si maintenant les hommes s’y mettent, et sèment la confusion, où va-t-on ?

vendredi 5 février 2010

Au jour le jour/Vendredi 5 février

Vendredi 5 février : la « stratégie de la veste », on en riait naguère et on plaisantait sur cette pratique fort répandue, prétendait-on, dans les bureaux en Espagne ou en Italie, je ne sais plus, et qui consistait pour un employé à occuper deux fonctions simultanément ; pour ce faire, il lui fallait deux vestes ; très occupé par son travail, il retroussait les manches, ayant pris bien soin de placer sa veste sur le dossier de sa chaise ; puis il partait rejoindre son deuxième emploi, laissant croire, veste faisant foi, qu’il était aller consulter un collègue, son supérieur, ou fumer une cigarette, ou … ; dans son deuxième poste de travail il faisait de même. On conviendra que c’est une pratique assez scandaleuse.

En réalité elle se justifiait par la modestie des salaires ; c’est encore d’ailleurs ce qui se passe de nos jours, où comme l’on sait les salariés, malgré les promesses du souverain, arrivent parfois difficilement à joindre les deux bouts ; mais il faut aussi investir dans sa garde-robe ; la dépense toutefois peut être assez rentable.

Prenons l’exemple de nos smicards du Palais Bourbon ; leurs salaires et leurs indemnités sont, chacun le sait, particulièrement indigents ; alors ils investissent dans robe noire et cravate blanche pour s’en aller quérir quelque subside supplémentaire en plaidant aux Palais de Justice ; parfois même c’est triple salaire, comme pour notre illustre président du groupe UMP à l’Assemblée, qui est aussi maire de Meaux, et avocat salarié par le groupe Gide Loyrete et Nouel. Serait-il le seul ? Pas du tout, ils seraient une quarantaine ; on y trouve les noms de Mamère, Dati, Royal, Lefebvre … (Sources : Antenne 2 / L’Espress.fr)

Comment est-ce possible ? D’abord, ce sont, comme Proglio, de gros travailleurs qui peuvent plaider le jour et délibérer la nuit ; ensuite leur charge parlementaire leur ouvre naturellement cette deuxième fonction puisque, le plus réglementairement du monde, les députés et les ministres sont admis à exercer la fonction d’avocat sans avoir passé le concours ; certes avec l’aval du bureau de l’Assemblée ; mais a-t-on déjà vu un député se tirer une balle dans le pied ?

Je suggère que, comme on envisage parfois de le faire pour nos écoliers, on impose à nos députés le port de l’uniforme : une robe noire avec une cocarde. Ce serait alors bien plus facile de passer d’un Palais à l’autre ; on troquerait la cocarde contre une cravate blanche et le tour serait joué ; on donnerait aussi aux représentants du peuple une indemnité de robe et ils n’auraient plus à investir en frais vestimentaires ; le principe d’égalité en sortirait grandi.