lundi 29 mars 2010

Au jour le jour/ Lundi 29 mars / De la décadence à la déchéance

Lundi 29 mars : c’est la dégringolade, le souverain a atteint, selon un sondage paru aujourd’hui (Source : Le Point.fr) son taux le plus bas d’opinions favorables : 32 % soutiennent la conduite politique du Chef de l’Etat (7 points de moins qu’en février), 65 % émettent un avis négatif. Aussi bien certains estiment qu’une dissolution de l’Assemblée nationale s’impose ; si, en effet, les régionales ont une portée nationale, alors autant le confirmer (ou l’infirmer) par des législatives.

On a pu croire un moment que la majorité elle-même pouvait aller dans ce sens ; et c’est Copé qui en donna le signal avec son idée d’un « nouveau pacte majoritaire ». Raffarin embraya en réclamant un « débat de confiance ». On sait que cela déplut fortement et XB, qui avait vu sa gloire bien ternie, en profita pour jouer le bon élève et dégaina le premier : « Je ne sais pas ce que ça veut dire » ; Boutefeux, le fidèle, rappela que le véritable pacte est celui de 2007 ; et Besson, l’infidèle, tint le même discours. Alors Copé avala son chapeau et sortit la phrase d’apaisement : « Tous ensemble derrière Sarkosy ! »

Le Premier ministre quant à lui réunissait aujourd’hui les parlementaires à la Maison de la chimie pour haranguer les troupes, lesquelles vont être (re)prises en main mercredi par le souverain à son retour des States.

C’est qu’ils ont tous peur ; ils ont peur depuis ce lundi de mars où ils se sont réveillés hébétés par la défaite, attendue certes, mais maintenant réelle, ils ont peur de perdre. Tous ? Non ; certains, les Juppé, les Villepin, s’en frottent sournoisement les mains ; et on ne serait pas étonné que Copé lui-même … Car de la décadence à la déchéance, il n’y a pas, au milieu, la mer.

dimanche 28 mars 2010

Au jour le jour/ Dimanche 28 mars / "Faut que ce soit bandant"

Dimanche 28 mars : les régionales n’en finissent pas de faire des victimes collatérales ; certes le souverain a soufflé dans les bronches de ses troupiers et le fringant Copé, qui naguère ne dissimulait pas ses critiques, vient de déclarer sur Europe 1 : « Je suis à fond aux côtés de Nicolas Sarkosy pour sa réélection en 2012 », mais ça se fendille ailleurs ; et il n’y a pas que Villepin, un autre ex premier ministre, le maire de Bordeaux, vient de se positionner lui aussi pour 2012 : « Je n’exclus pas de me présenter à des primaires en vue des élections de 2012 » (Source BFMTV) . Mais enfin, là, tout ça était prévisible.

Prévisible aussi l’agonie du MODEM : défections, Bayrou contesté de l’intérieur, une tentative de raccommodage à huis clos qui ne réunit dans une annexe de l’Assemblée nationale, que la moitié des conseillers convoqués, leader devenu inaudible comme s’il se contentait de murmurer à l’oreille de ses chevaux ; bref, comme disait Raffarin, le pente est raide, sauf que là, elle ne monte pas, elle descend.

Mais là où on s’y attendait le moins, c’est chez les écolos. Une fois encore c’est Dany le rouge qui a mis le feu aux poudres ; il s’y entend en révolution ; et voici qu’il lance, après celui de 68, un nouvel appel du 22 mars, pour un mouvement de « coopération politique ». Les caciques y ont vu rouge, et Noël Mamère affirme aussitôt que « les verts ne sont pas biodégradables » ; Cécile, la nouvelle Jeanne d’Arc, qui se voyait déjà chasser Sarkosy de son trône, n’est pas du tout d’accord ; elle qui avait affirmé dans son vert langage, que « puisque nous sommes des féministes, faut que ce soit bandant », considère, sur I-Télé, que ce projet coopératif est plutôt mou et décadent.

Il faut dire que les verts restent les meilleurs spécialistes de la dissonance, ce qu’avait pressenti notre héraut franco-allemand de mai 68 ; on prétend d’ailleurs que, en a parte, reprenant son accent teuton, il aurait marmonné : « Ceux-là, ça commence à bien vaire… ».

samedi 27 mars 2010

Au jour le jour / Samedi 27 mars / Tolérance Zéro

Samedi 27 mars : janvier 1991, en pleine guerre du Golfe, Jean-Pierre Chevènement : « Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne » ; il ne l’a pas fermée, il a démissionné. Avril 2009, Nadine Morano la vertueuse à Rama Yade l’effrontée : « Quand on est ministre on se tait ou on s’en va . » ; elle s’est tue et elle est restée. Mars 2010, Chantal Jouanno est « désespérée » et le clame, à la suite de l’abandon de la taxe carbone ; elle reste avec son désespoir et met un mouchoir par dessus ; le souverain lui fait remarquer publiquement qu’une ministre n’a pas à être désespérée mais à faire son boulot, elle le fera. Jean-Louis Borloo, lui, ne dit rien, il est fidèle à son poste de deuxième du gouvernement. Rocard et Juppé s’indignent, mais eux on s’en fout ; on les avait convoqués pour amuser la galerie ; alors …

Jean-Jacques Matelly, chef d’escadron de gendarmerie et chercheur associé au CNRS, dans une interview à MétroFrance dit son désaccord au sujet du rapprochement Police (dépendant du ministère de l’intérieur) et Gendarmerie (dépendant des armées) ; il fait l’objet, par décret du Président de la République, d’une mesure de suspension, pour « manquement au devoir de réserve » ; il se retrouve donc subitement sans emploi ni salaire. (Source : Le Post)

Les états d’âme, les opinions personnelles, ça commence à bien faire ; qu’une ministre dise son désaccord avec le souverain, passe encore ; mais un chef d’escadron, en désaccord avec Boutefeux, alors là, « Tolérance Zéro ! » ; le souverain vient d’ailleurs opportunément de le rappeler.

vendredi 26 mars 2010

Au jour le jour/Vendredi 26 mars / Retraite des riches ; retraites des pauvres

Vendredi 26 mars : c’est promis, un texte sur les retraites sera adopté avant six mois ; godillots, garde à vous, vous voterez ! Espérons que ce ne sera pas comme la taxe carbone pour laquelle on avait remué ciel et terre et qui avait été présentée comme une réforme aussi importante que l’abolition de la peine de mort.

Surtout que déjà François Chérèque rue dans les brancards ; il ne signerait pas le rapport du Conseil d’orientation des retraites sous la raison que l’un des scénarios proposés se fonde sur la retraite à 70 ans, quel que soit le nombre d’annuités de cotisation. Ce n’est qu’un cas de figure théorique lui répond-on ; et lui, il rétorque que ce scénario aurait été « suggéré » par l’Elysée pour faire peur et faire passer le scénario à 65 ans. Donc ça commence mal.

Tout cependant ne va pas mal pour tout le monde et il y en a qui n’ont pas à se faire de soucis. Tenez, Antoine Zaccharias, ex PDG de Vinci, il s’est débrouillé pour toucher plusieurs dizaines de millions d’€ avant son départ en 2006. D’accord, on l’a soupçonné et accusé d’abus de biens sociaux ; à ce titre il risquait une amende de 375.000 € ; ah, non ! Pas question ! Vous vous rendez compte, la somme que c’est ! Si bien que le tribunal correctionnel de Nanterre vient de le relaxer ; ouf ! Il a eu chaud. (Source Le Monde.fr)

Moi ça me donne une idée pour les retraites ; avec toutes ces dizaines de millions dont on voit qu’ici et là ils sont généreusement distribués (et il ne faut que 100 personnes à 10 millions pour faire un milliard) il y a de quoi largement renflouer les caisses de retraites. Comme ça les riches paieraient les retraites des pauvres, sans pour autant devenir pauvres, et tout le monde y gagnerait, les uns le paradis sur terre et les autres au ciel. Pourquoi diable le souverain n’y a-t-il pas pensé ?

jeudi 25 mars 2010

Au jour le jour/ Jeudi 25 mars / Les chants désespérés ...

Jeudi 25 mars : XD, le pauvre, condamné à prendre sa retraite, alors qu’il n’a que 63 ans ; ses retraites faudrait-il dire : retraite d’inspecteur général de l’éducation nationale, retraite d’élu local, retraite de député, retraite de ministre ; ça fait combien tout ça ? ¨Pas assez dit l’ex" ; et puis, mes secrétaires, mes voitures de fonction, la considération qu’on me porte, les invitations et les cadeaux, et tout le toutim, comment m’en passer ?

Alors la plainte d’XD est montée jusqu’au souverain ; preuve que Carla parle encore à son oreille ; on lui a proposé le poste d’ambassadeur à Rome. Ambassadeur ? On pense à cette réplique de Figaro dans Le mariage : « Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint ». Et bien non, notre périgourdin fait la fine bouche ; après la rue de Grenelle, c’est Versailles qu’il lui faut ; et le plus époustouflant c’est qu’on la lui donne, cette prestigieuse et glorieuse présidence du Château de Versailles, où il pourra, somptueusement logé, recevoir les grands de ce monde, comme Kadhafi par exemple.

C’est que quand la soupe est bonne on a envie de s’en resservir ; tenez par exemple, Chantal la championne, hier elle se disait désespérée à cause du virage en épingle à cheveu sur la taxe carbone, et bien aujourd’hui, bouche cousue, elle ne s’en va plus, elle reste ; le souverain a dû lui redonner l’espérance ; quant à Borloo, lui, motus, il ne pipe pas mot ; le meilleur c’est Fillon, il avale toutes les couleuvres et affirme souverainement devant le Sénat que c’est très bon.

Ah, qu’il est bon le désespoir, celui que l’on chante dans les ministères ; ce désespoir qui inspira à Musset ces vers immortels : « Les chants désespérés sont les chants les plus beaux, j’en connais d’immortels qui sont de purs sanglots » ; et cependant qu’en haut on se console, le désespoir, le vrai, s’installe dans les chaumières.

mercredi 24 mars 2010

Au jour le jour/ Mercredi 24 mars / "Je vous ai compris"

Mercredi 24 mars : vous avez voté à gauche, vous avez fait le pari écolo, vous avez entendu des voix dans la « majorité » dénoncer le pouvoir absolu, l’injustice fiscale, le déni de partage des pouvoirs ; vous avez gagné les élections très largement ; les Fillon, Copé et Bertrand ont reconnu votre victoire, le souverain aussi ; vous avez donc cru que l’Elysée vous aurait écoutés ; vous aviez raison : le souverain vient de faire une déclaration solennelle, à l’issue du Conseil des ministres, il tire la leçon de ces élections, locales, certes, mais dit-il, significatives au plan national.

D’accord, il n’a pas fait la même lecture que vous et moi, de ce scrutin ; et son analyse n’est pas fausse, loin de là, à première vue du moins : s’il a perdu les élections, c’est que les électeurs de droite l’ont boudé parce qu’il avait viré à gauche : ouverture, RSA, environnement, Europe … Alors, retour aux fondamentaux : Europe, oui mais d’abord la nation ; environnement, oui mais pas avant les autres ; RSA, ça suffit, exeat Martin ; ouverture, toujours, mais vers la droite.

Le plus fort c’est que les godillots se mettent aussitôt au garde à vous, après avoir fait mine d’une salutaire bronca ; et Fillon, qui avait reçu de vifs applaudissements, et dont la côte éclipse celle de son maître, est prié de ne pas faire entendre sa voix, « Il n’y a que moi qui parle ! » ; selon LeFigaro.fr, il aurait été interdit de se rendre au RV pris ce soir à TF1 ; après tout Peillon avait déjà fait le coup à Arlette, il y a donc un précédent et la gauche n’aura rien à redire.

Mauvaise humeur donc ; levé du mauvais pied ; mais la colère est mauvaise conseillère. Les abstentionnistes n’ont voté ni droite ni gauche et à trop mépriser ceux qui ont exprimé leurs suffrages, il fait en réalité le jeu de ses adversaires. La gauche disait-il avait besoin d’un DRH (lui) ; la droite aujourd’hui a besoin d’un vrai pilote : pastor et nauta disaient les latins.

mardi 23 mars 2010

Au jour le jour/ Mardi 24 mars / Fragments d'un discours amoureux (Roland Barthes)

Mardi 23 mars : silence ! On détricote ; et croyez-moi, ça tourne. Les cendres de l’ancien credo encore chaudes, on déconstruit sans plus attendre ; exit la taxe carbone et la réforme de feu XD sur l’organisation de la semaine à l’école primaire, retoquée par Luc de l’Oréal. On attend la suite.

Pour l’école, l’ancien champion n’est plus au gouvernement, donc, comme les absents ont toujours tort, aucune voix n’exprimera la discorde : ce n’est pas toutefois le même scénario pour la taxe carbone, qui avait, à son de trompe, mobilisé deux anciens premiers ministres. D’abord la championne de karaté, pour l’instant reste auprès du souverain ; elle a cependant dit son dépit, et que de cette décision elle n’était pas solidaire (Tiens, tiens, Carla aurait-elle repris le dessus ? Ou bien : « Tu vires Darcos ? OK ! Mais alors, Chantal, fuori dei piedi ! Dehors !)

Car on ne va pas nous faire accroire tous les arguments mis en avant : qu’il faut, après la victoire de la gauche, donner des gages à la droite ; qu’il faut attendre une harmonisation européenne ; qu’il faut écouter le peuple. Après s’être préoccupé de tout cela comme d’une guigne, comment penser que ce sont là les motivations du souverain ?

Sur la taxe carbone, il faut cependant reconnaître qu’il nous y avait déjà préparés ; « ça commence à bien faire ! » avait-il dit au sujet de l’environnement, lors de sa visite au salon de l’agriculture. Le désamour d’avec le développement durable avait donc dès alors instillé son venin.

En réalité la politique qu’il conduit, c’est au saut du lit qu’elle se définit ; chaque matin il a une idée ; car la nuit, et l’oreiller, toujours portent conseil ; et la politique n’est qu’un « fragment d’un discours amoureux ». De l’amour du peuple, of course.