mardi 13 avril 2010

Au jour le jour/ Mardi 13 avril / La France est sa paroisse, le monde est son diocèse

Mardi 13 avril : de Washington le souverain universel vous parle ; de retour dans son pays, à peine l’avion posé et lui ayant pris pied sur le tarmac, il se précipite dans les studios de CBS, pour informer sa lointaine servitude européenne, de sa présence sur le sol de sa prédilection. Car ici il est chez lui ; ici il règne, parmi 47 chefs d’Etat, ailleurs il ne fait que présider.

Car de la capitale du pays le plus puissant du monde, c’est bien aux Français qu’il s’adresse ; une tribune enfin à sa hauteur ; d’ailleurs il ne manque pas de faire remontrance à son vassal Barak : Ne rêvons pas ! Un monde sans arme nucléaire ? En tout cas, moi régnant, jamais ! Et puis, se souvenant probablement de Bill offrant à son peuple le récit de ses amours illégitimes, il s’étend sur ceux qu’il entretient avec Carla, et sur la rumeur dont il disait naguère qu’elle ne méritait même pas la moindre seconde de son attention : qu’elle est insignifiante, signe des temps modernes, en tout cas infondée. (Sources : CBS.com, Europe 1, Libération …)

Se présentera-t-il aux élections en 2012 ? Il répond volontiers ; il le fera savoir au cours de l’été ou au début de l’automne 2011 ; en attendant il a bien d’autres chats à fouetter, et d’abord celui de la sécurité du monde ; voyez l’Iran, vous ne pensez pas que c’est un peu comme l’écologie, que ça commence à bien faire ?

La presse, toujours malintentionnée, fait remarquer que Chirac comme Mitterrand, et mieux encore le Général, n’évoquaient jamais les questions de politique intérieure et moins encore de vie privée, lors d’un déplacement à l’étranger. Mais quelle erreur d’interprétation ! N’est-il pas évident que si la France est sa paroisse, le monde est son diocèse ?

lundi 12 avril 2010

Au jour le jour/ Lundi 12 avril / La force qui va

Lundi 12 avril : le souverain semble n’avoir qu’un mot à la bouche : « Vite, vite ! » ; il lui faut des résultats tout de suite. Alors autour de lui on s’empresse, on se presse, on se hâte, on galope. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas ; avec Carla ce fut le coup de foudre et la conclusion ne se fit pas attendre ; avec Jean le fils ; il fallut rétropédaler ; avec la taxe carbone itou ; avec la burqa, tiens on n’en parle plus ; avec les superbonus des superbanquiers, pareil. Mais comme une annonce s’enchaîne avec la précédente, quitte à se rouler dans la contradiction, le bon peuple se focalise sur la dernière trouvaille du matin, et on oublie les précédentes.

Il n’a peut-être pas lu La Princesse de Clèves, mais il trouve ailleurs son inspiration, à son insu peut-être, mais son mérite n’en serait que plus grand. C’est le Victor Hugo de la Légende des siècles : « Quand on est jeune on a des matins triomphants » ; et aussi d’Hernani : « Intelligent qui court droit au but qu’il rêva. / Détrompe-toi, je suis une force qui va » ; tout en instinct, l’homme ; il est jeune, il est du matin, il se veut triomphant, il ne réfléchit pas, il fonce.

Alors ses gens s’évertuent et s’essoufflent à l’imiter ; c’est Charon qui s’empresse à désigner Rachida comme responsable de la rumeur ; c’est Guéant qui emboîte le pas mais le lendemain se rétracte : « La vérité d’aujourd’hui n’est pas nécessairement celle d’hier » ; c’est Boutefeux qui s’enflamme après le drame de Grenoble, rend visite au blessé, désigne les responsables (on a chez les sarkosyens la manie du coupable) avant toute enquête, promet le châtiment et bien sûr une nouvelle loi !

Et puis aujourd’hui, rebelote ; on ouvre les négociations sur les retraites ; le Conseil d’orientation des retraites ne remettra son rapport que dans quelques jours, mais qu’est-ce qu’on en a à f… ; l’essentiel c’est la concertation ; mais il faut surtout faire vite, en deux mois tout doit être plié ; alors Eric la finance dit le calendrier, dit les enjeux, dit les hypothèses. Alors à quoi pouvait-il s’attendre, si ce n’est que les syndicats (sauf le Medef) disent unanimement « Niet » ? Bref, ça commence bien.

Oublions Raymond Barre : « Il faut donner du temps au temps » ; négligeons la sagesse populaire : « Doucement, doucement, je suis pressé » ; et surtout ne consultons pas Carla, car elle le sait bien : « Chi va piano va sano, e va lontano » ; et puis, tant qu’à faire, chantons l’Internationale : « Du passé faisons table rase ».


dimanche 11 avril 2010

Au jour le jour/ Dimanche 11 avril / Tant va la cruche à l'eau ...

Dimanche 11 avril : pour la première fois ils ont dévissé tous les deux, roulés dans l’avalanche, abîmés par un nouveau cyclone, tels les damnés dans l’Enfer de Dante, emportés par une tempête tourbillonnante qui jamais ne s’arrête : lui à 31% au plus bas de sa côte, et son premier collaborateur, qui habituellement caracolait insolemment autour de 50 %, chu à 39 (Sondage Opinion Way).

C’est vrai, ce qui était anormal, c’était l’écart ; on est revenu à une situation plus compréhensible ; mais on aurait pu penser que l’alignement se serait fait vers le haut. Car nombreuses sont les raisons qui auraient dû pousser à ce retour d’opinions favorables. Et d’abord, cette rumeur qui l’accable ; quel scandale, quel acharnement médiatique, quel manque de respect pour la vie privée ! C’est vraiment faire preuve de peu de discernement que de l’en rendre responsable. Et puis il en a fait des gestes d’apaisement : sur la taxe carbone, maintenant sur la fiscalité, sur les réformes même puisqu’il a annoncé une pause, rendant injustes et injustifiées les critiques du Duc d’Aquitaine.

Et tous ces actes de violence, à l’école, dans la rue, dans les stades, dans les prisons ; lui au moins il s’est dévoué corps et âme à les contenir, au karcher, aux lois à la mitraillette, aux menaces de sévérité accrue ; car qui a dit « Tolérance zéro ! » ? C’est bien lui et pas Le Pen.

Oui, mais le peuple est ingrat ; il préfère accorder ses faveurs à ses ennemis et ses détracteurs ; à moins que pour une fois il n’ait plus la mémoire courte ; et comme le dit la sagesse proverbiale : Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise.

samedi 10 avril 2010

Au jour le jour/ Samedi 10 avril / "Si", "Sauf si", "Même si"

Samedi 10 avril : Devinette : un loup et un renard sont sortis du bois ; qui sont-ils ? Ils sont venus parler de 2012 ; l’un a dit « sauf si », l’autre a dit « si » ; le loup a dit qu’il ne se représenterait pas en 2012, « sauf si » il y avait des élections anticipées ; of course, si elles sont anticipées ce ne sera pas en 2012. Vous l’avez reconnu c’est JMLP. L’autre a dit qu’il se présenterait en 2012 « si » l’actuel souverain ne se représentait pas, pas comme Villepin qui se présentera, « même si ». Gagné, c’est bien AJ, toujours droit dans ses bottes, et comme il le dit (Le Monde 11/12 avril) pas mou dans ses basketts.

On se croirait revenu à l’époque giscardienne des « oui mais », « oui si », et des cactus. Car du cactus il y en a, dans l’interview accordée par AJ au journal Le Monde ; sur le ton persifleur : « On est passé de la sarkofolie à la sarkophobie », et « C’est une question de style » (façon de dire que lui, agrégé de lettres, a lu Les pensées de Pascal et qu’il sait qui a dit : « Le style c’est l’homme » ; sur le ton agacé : « La rupture je n’y ai jamais cru », façon aussi de suggérer qu’il n’a jamais cru au rupteur ; sur le ton magistral : il faut réformer la réforme, fiscalité, partage des richesses, fiscalité verte, lutte contre la pauvreté, retraites, collectivités, il dit ce qu’il fera(it) et vraiment c’est pas pareil qu’en sarkosye. Cet ancien premier ministre ne dit pas un mot de l’actuel qu’il considère donc comme le pion négligeable.

Et puis surprise, à une question sur sa fréquentation de Rocard lors de la préparation du rapport sur la fiscalité verte : « Si je ne suis pas de gauche, c’est que du temps de ma jeunesse universitaire, je ne supportais pas l’arrogance des intellectuels de gauche ». Comprenne qui voudra …

Car l’arrogance a changé de camp, elle a envahi la droite ; et on ne peut pas dire qu’elle soit le fait des intellectuels ; il suffit d’écouter la creuse phraséologie des porte-parole du MP et du gouvernement ; « Vanitas vanitatum » dit L’Ecclésiaste et aimait à répéter Bossuet.

vendredi 9 avril 2010

Au jour le jour / Vendredi 9 avril / La clef du songe

Vendredi 9 avril : « je ne me représenterai devant les Français en 2012 que si je peux leur offrir un nouveau rêve » aurait dit à Noël le souverain ( Le Monde, samedi 10 avril) ; on ne convoquera pas Sigmund Freud pour l’interprétation du rêve, non plus Martin Luther King pour apprécier ce rival dans l’histoire ; simplement on va tenter de percer quelques possibles significations de cette phrase sibylline.

Elémentairement d’abord : si c’est un nouveau c’est qu’il y a eu un ancien, et que ce n’est pas le même ; l’ancien, on peut le supposer, c’est « du travail, des sous, pas d’impôt, du merveilleux, vous allez voir » ; moi, quand en 2007 mon voisin Umpiste me disait : « ça c’est un beau projet », je lui répondais « Mais tu rêves ! » ; finalement j’étais sarkosyste malgré moi.

Ensuite : il est bien vrai que selon Calderon La vie est un songe, mais quand ce songe se transforme en cauchemar, on a bientôt envie de retomber les pieds sur terre, passer de l’état de sommeil à celui de veille, et pouvoir dire à ce maître de Morphée « Tu nous endors » et « Faut pas rêver ». Alors du rêve à la Sarko, merci, on a reçu …

Mais ne fais-je pas fausse route ? Ce rêve ne serait-ce pas le sien, celui qu’il caressait pas seulement en se rasant, mais dans ses sommes les plus fous ? « Proposer mon nouveau rêve » donc. Mais à quoi donc peut rêver un souverain, chu dans l’abîme des sondages, démenti par les faits, champion hors concours des fausses routes, rattrapé par la rumeur ?

Si j’étais lui, je laisserais à Martine, ou à François, ou à Alain, les clés des songes, je prendrais ma Carla sous le bras, et j’irais écarquiller mes doigts de pieds au soleil ; à moins que cela aussi ne soit qu’un songe, le songe shakespearien d’une nuit d’été.

jeudi 8 avril 2010

Au jour le jour/ Jeudi 8 avril / Eloge de la réforme





Jeudi 8 avril : jamais contents les parents d’élèves ; le ministre de l’éducation nationale vient de faire connaître les décisions qu’il compte prendre pour conjurer la violence à l’école ; avec une rapidité de décision extraordinaire ; les Etats Généraux sur la violence en milieu scolaire venaient à peine de se terminer qu’il savait déjà ce qu’il fallait et ce qu’il allait faire ; et eux ils ne sont pas contents ils disent que la montagne vient d’accoucher d’une souris.

On ne comprend pas : le ministre considère ce problème comme fondamental ; il sait que nombre de mesures prises par ses prédécesseurs sont restées sans effet ; il convoque les meilleurs spécialistes de la question et les réunit en Etats Généraux ; il confie la présidence du Conseil scientifique à un universitaire bordelais, président de l’observatoire international de la violence scolaire ; il écoute les scientifiques et sur les propositions émises, il en retient une poignée ; de quoi se plaint-on ? Peut-on imaginer une démarche plus rigoureuse ?

C’est que les choses sont moins simples, et les dés étaient parfaitement pipés ; Luc de l’Oréal avait par lettre de mission du 19 novembre 2009, demandé à Alain Bauer, Président du Conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance, un rapport sur le sujet ; lequel rapport lui a été remis en mars 2010 ; cette lettre de mission restreignit l’étude au rôle des parents et aux sanctions. (On pourra lire la lettre de mission, ainsi que le rapport dans leparisien.fr)

C’est aussi que s’agissant de la violence en milieu scolaire, les scientifiques ont admis que tout ou presque avait été essayé et que rien ou presque n’avait marché ; que faire alors ? Poursuivre dans une voie sans issue, ou chercher un autre chemin ?

Au risque d’une redite, nous reprendrons les analyses que nous proposions mardi dernier. La violence dont ici on parle n’est qu’une des manifestations, à côté du décrochage, de la phobie, de l’absentéisme, du désintérêt, de ce grave phénomène récent, lié entre autres à la « démocratisation « de l’enseignement, qu’est le « refus scolaire ». Les origines de ce mal sont assurément complexes mais on peut sans grand risque d’erreur en repérer deux : l’école n’est plus désirée, et ce défaut d’attrait découle d’un défaut d’égalité réelle ; désir d’école, égalité de résultat : voici des pistes où chercher un nouveau projet, un nouveau paradigme pour l’école.

Réforme de l’entendement humain, selon Spinoza, Discours de la Méthode selon Descartes, Essai sur l’entendement humain selon John Locke, Réforme de la pensée selon Edgar Morin ; la « réforme » si chère au souverain et à sa cour, la vraie, elle concerne les « fondamentaux », non les épiphénomènes.

mercredi 7 avril 2010

Au jour le jour / Mercredi 7 février / Qui se sert de l'épée ...

Mercredi 7 avril : « Il faut que la peur change de camp » affirma Pierre Charon, le conseiller du souverain en matière de communication. Il parlait, penserez-vous logiquement, qu’il s’agit de la sécurité intérieure, de la lutte contre les violences, qui gangrènent notre vie civique, et pour quoi le souverain vient justement, dit la presse, de reprendre la main (comme s’il l’avait perdue, ou si Boutefeux avait pêché par indolence).

Non, non ; Charon parlait de la rumeur. Changer de camp, la peur ? Dans quel camp donc était-elle ? On avait donc peur à l’Elysée ? Peur de qui ? Peur de quoi ? Peur depuis quand ? Et quel serait cet autre camp ? Charon a d’abord désigné Rachida (Source Le Monde 8 avril), laquelle s’est à sa façon revêche rebiffée comme une harpie, rôle où, on le reconnaîtra elle ne manque pas de talent ; puis il a évoqué le complot, là aussi ça a fait « Pschitt ! » ; alors on a ordonné une enquête confiée au contre-espionnage (la DCRI) ; attendons, donc.

Mais voilà, ce soir sur Europe 1, Carla elle-même vient un peu plus brouiller les cartes ; mais non, mais non ; ne nous excitons pas, c’est une affaire sans importance ; Charon est un homme passionné que l’amitié a emporté ; Rachida est et reste notre amie ; il n’y a pas de complot ; et d’ailleurs cette information sur une enquête officielle est absolument infondée, il n’y a pas d’enquête.

Aussitôt les journalistes ont interrogé Le Monde qui en parle longuement (page 10 : « Le contre-espionnage a été saisi par l’Elysée …) dans son édition de demain ; lequel a confirmé ses dires et donc infirme ceux de Carla.

On va donc imaginer les scénarios pour ce soir ; soit il y a une explication de gravures chez les Sarko, et alors, comme on connaît le monsieur, ça peut flamber ; soit elle ment, mais pour cacher quelle vérité ? En tout cas il faudrait relire les Evangiles et méditer cet aphorisme de Jésus : « Qui se sert de l’épée périra par l’épée » ; on l’a compris, l’épée ici, c’est le people.